Voyageurs mais pas figurants !

Un paso pour un autre, mésaventures en chemin

Tout ne se passe pas toujours comme prévu en voyage, et les problèmes font aussi partie de notre quotidien. On a souvent envie d’offrir le beau, le spectaculaire, l’émouvant. Cette fois voilà un petit concentré douloureux lors de notre sortie quasi expulsée du Chili.

Rappelons que c’est Ken qui nous a lancé pour défi de nous embrasser à chaque passage de frontière, l’occasion de retracer nos péripéties d’un pays à l’autre.

Ken

 

 

 

 

 

Nos mésaventures en chemin du Paso Libertadores pour l’Argentine au Paso Hito Cajon en Bolivie, c’est ici !

Vol et maladie à Santiago de Chile

Départ ce premier juin de Santiago. Cela fait six semaines que nous n’avons pas pédalé. C’est le cœur lourd que nous quittons Xandra et les Diego père et fils qui nous on littéralement adoptés. Notre séjour s’est prolongé bien malgré nous et nous y avons enfin vécu quelques expériences déplaisantes ! Retour à Santiago après deux semaines de road trip dans le nord du pays avec mes parents. Nous passons des journées entières à parcourir l’avenue San Diego écumant les magasins de vélos à la recherche de nos outils, – un vrai marathon. Au moins on entretient nos cuisses avec les allers-retours quotidiens de trois heures pour rejoindre le centre-ville. En fin de semaine j’y retourne une dernière fois seul pour faire la tournée des boutiques. Trouver cette colle de pêcheur pour rafistoler mes baskets. Faire copier la clé du cadenas, si spécialement conçue que nous ne trouvons personne pour réaliser ce travail. Dénicher une sacoche de cadre pour Noémie qui remplacera sa sacoche de guidon renvoyée en France pour s’alléger. Faire réparer mon sac de rando qui en a vu de toutes les couleurs, dont la ceinture à cédé sous le poids des kilomètres parcourus. La liste est encore longue. La nuit tombe autant que mon énergie. Je me donne une dernière tâche avant de rentrer. En arrivant au loueur de voiture où j’avais laissé par étourderie mon bâton de voyage, je laisse prudemment mon vélo appuyé contre la baie vitrée de l’accueil, et y range ma tête de sac de rando qui me sert désormais de sacoche guidon. La sacoche où je range tous mes trésors : passeport, argent, mais aussi appareil photo, caméra, lunettes, accessoires, clé du cadenas, carnet de voyage, etc. La gardant près du corps en permanence je la dispose cette fois dans ma sacoche arrière, m’apprêtant à rouler 90 minutes. En cherchant mon bâton dans le hangar je ne m’éloigne pas plus de dix mètres du vélo, ne retrouve pas mon objet fétiche, et repart pour la maison fatigué d’une si fastidieuse journée. Après cinquante minutes à toute allure je me déshabille tout transpirant, et surprise paralysante, ma sacoche arrière est ouverte…et vide ! Stupeur. Négation. Souffrance. J’ai été volé.

Tout le monde connait la suite. Police, ambassade, ministère de l’immigration, assurances. Refaire les achats. Noémie tombe malade d’une infection virale inconnue et reste alitée une semaine fiévreuse et asthénique. Premier vol, premier problème de santé, loi des série oblige.

Notre famille chilienne d’adoption

Comme pour équilibrer ces désagréments, nous tissons parallèlement une amitié sincère avec notre famille d’accueil. Diego père travaille en journée et Diego fils va à l’université. Quand nous ne sommes pas en ville nous restons avec Xandra, la petite dernière Antonia et la abuelita, la grand-mère de Xandra. Nous cuisinons et rions beaucoup. Xandra est fan des mets de Noémie et veut tout connaître de la cuisine française. Tous se plient en quatre pour nous apporter leur aide et nous réconfortent après le vol. Les soirées en leur compagnie sont excellentes, nous ne sommes pas prêts de les oublier.

Nous avions fait un bout de chemin avec Diego fils de Chalten à Villa O’Higgins et nous étions recroisés quelques fois le long de la carretera austral. Ses parents l’autorisèrent à nous loger quelques jours. Nous deviendrons vite très bons amis et partagerons tous ensemble soirées, weekends, repas et confidences !

Pourtant l’heure du départ sonne et ce sont les larmes pleins les yeux que nous donnons nos premiers coup de pédales.

Temps écoulé, prolongations et tirs au but

Cela fait maintenant un mois que notre visa touristique chilien a expiré. Nous avons joué toutes nos cartes. Pour nous rendre à l’île de Pâques et avoir le temps de boucler les préparatifs à Santiago, nous avions prévu de venir chercher notre avertissement écrit avec sommation de quitter le territoire au Ministère de l’Immigration, ce qui nous donnait sans frais une prolongation de dix-huit jours.

Ce que nous n’avions pas prévu : le vol d’une sacoche avec tous nos biens dedans deux jours avant de décoller, ce qui nous a bien occupés en démarches administratives et en rachat de matériel, puis Noémie qui tombe malade dans la foulée, clouée au fond de son lit infectée par un mystérieux virus. Quatre jours avant la date ultime nous quittons Santiago et notre merveilleuse famille d’accueil pour rejoindre Los Andes, avant de grimper le fameux Paso Libertadores et sa route que l’on surnomme Caracoles, « les escargots », en raison des 28 têtes d’épingles qui montent vers l’Argentine avant de redescendre sur la ville de Mendoza. On se disait que ça aurait été une bonne reprise d’entraînement après six semaines sans pédaler, et qu’en ajoutant une seconde traversée des Andes par le paso Sico, on serait d’attaque pour le sud Lipez.

 

Nous sommes donc confiants et tranquilles en entamant l’ascension.  Mais l’hiver est déjà là et la pluie qui tombe sur nous depuis deux jours à bloqué le col sous quatre mètres de neige. Après le vol et la maladie voilà la météo qui s’en mêle. A croire que nous sommes retenus au Chili ! Passée une semaine d’attente, devrais-je dire de trépignements à l’hôtel où nous scrutons les nouvelles fraîches en rongeant notre frein, nous sommes à bout ! De surcroît, nous avons rendez-vous début juillet avec un couple d’amis à La Paz, Damien et Armelle, et nous prenons actuellement un tel retard que nous allons manquer nos retrouvailles. Pendant quatre jours les travaux de dégagement suivent leur cours mais restent insuffisants. Une nouvelle précipitation prévue le surlendemain a raison de nos espoirs. Le paso restera fermé au moins une semaine de plus en l’absence de nouvelle neige, et d’après l’expérience d’un camionneur bloqué lui aussi, peut-être jusqu’au printemps prochain.

mésaventures

Le paso Libertadores et la route Caracoles, « les escargots », sous 4 mètres de neige

C’en est trop pour nous. Adieu Mendoza, l’Argentine, et l’entraînement pour le sud lipez. Nous obtenons un laisser-passer » du gouverneur après des heures à argumenter. Nous avons joué notre dernier joker météo en invoquant l’article 99 de je ne sais quel code, et arrachons un sauf-conduit nous sommant cette fois de quitter le territoire sous cinq jours quelles que soient les circonstances.

Chantage pendant un trajet en bus

Ni une ni deux nous achetons un ticket de bus pour San Pedro de Atacama, bouclons nos sacoches et avalons les quarante km qui nous séparent du péage où nous hélerons notre bus de nuit venu de Santiago. Bien entendu il eut été trop naïf de penser que nous pourrions mettre nos gros vélos en soute sans difficultés, comme nous le confirmait l’hôtesse de Turbus lors de l’achat des billets. Refus catégorique d’embarquer les vélos. Il est 23h, nous sommes au bord de l’autoroute, une épée de Damocles suspendue sur nos têtes. Nos négocions, invoquons nos droits, plaidons notre cause, mais sans équivoque l’unique désir du chauffeur est d’arrondir sa fin de mois.

Si tu veux embarquer c’est 15000 $ chiliens. Par vélo.

Sa taxe double presque le prix du voyage. Je m’indigne, mais ces messieurs ont le pouvoir de nous laisser en rade sur l’autoroute par 5°C et ignorent combien il est impératif pour nous de prendre ce bus. Nous n’avons de toute façon pas les trente lucas exigés mais vingt satisferont notre maître chanteur sans scrupule et nous embarquons pour 24 heures de bus.

Volés. Nous avons purement et simplement subi une extorsion de fond, du chantage, de l’abus de pouvoir. Dégueulasse. Je suis hors de moi. Je sais pertinemment que la manoeuvre est illégale, aussi j’exige ma facture au premier arrêt. Impensable bien entendu. Je tente ma chance avec le deuxième chauffeur. Plus âgé il sera peut-être plus sage, rêve en secret le colérique qui monte en moi. Rien n’y fait, ils sont organisés et la pratique est généralisée parmi les compagnies de bus semble-t-il, comme me l’avait suggéré un autre chauffeur plus tôt au même arrêt. Je dors très mal, fais des cauchemars mais rêve aussi qu’on me rend l’argent sans trop de heurts. Effectivement, je suis partagé entre mon désir de régler ce conflit de façon pacifique, et arracher la tête de ce chauffeur qui nous a plumés. Cela ravive en moi toute la colère enfouie du vol de Santiago. Cette fois le voleur est là, en face de moi.

Au petit matin, c’est décidé. Je ne peux subir le préjudice sans réagir. Je ne peux non plus user la force ni la violence, ce qui je sais être encore plus destructeur. Je ne sais trop que faire. Je tente le bluff, sur fond d’une bonne dose de vérité. A l’arrêt suivant je profite de l’absence momentanée de Noémie aux toilettes qui détestent les conflits et me voir en colère. J’apostrophe mon délinquant et parle à haute et intelligible voix afin que tous les passagers présents au pied du bus m’entendent. Je le mets à jour, sachant que l’examen public peut rétablir l’ordre. Et pour me donner du courage à affronter cet homme patibulaire. « Rien n’engendre un comportement approprié plus rapidement que de l’exposer à la lumière de l’examen public. » ND Walsch

Nous savons toi comme moi que tu m’as volé mon argent. Ce que tu as fait est illégal et malhonnête. Maintenant mon vélo est dans la soute, tu n’as plus de pouvoir sur moi. Tu n’as que deux options : rends moi mon argent ou subis-en les conséquences.

Et qu’est-ce que tu vas faire ?

Tu n’as pas envie de le savoir, mais je ne me laisserai pas voler si facilement. Tu as un problème avec moi maintenant. Je te laisse réfléchir, la balle est dans ton camp. La prochaine fois que ce bus s’arrête, je ne viendrai pas te voir qu’avec des mots. Fais le bon choix.

Cinq minutes avant la pause et le plein d’essence à Antofogasta, l’argent retombera dans ma main… Si je raconte cet épisode fâcheux mais si banal pour un étranger en voyage, c’est que je suis soulagé d’être parvenu à régler une situation violente sans la subir ni m’emporter outre mesure.

De peur qu’il ne se venge sur nos vélos à la moindre occasion après avoir été humilié en public, et s’être finalement raisonné (mais uniquement sous la menace) je saute à chaque arrêt du bus pour surveiller nos biens les plus précieux. Nous débarquons à San Pedro de Atacama exténué.

Départ organisé mais pressé

Nous ne reverrons pas l’Argentine de sitôt, et préparons nos vivres pour le désert d’altitude dans l’urgence. Nous avons mis à profit l’interminable attente à Los Andes pour calculer avec précision notre itinéraire, notre rationnement et nos vélos. Télécharger les cartes GPS, imprimer le parcours, recopier les récents commentaires de cyclistes sur mon carnet de notes, appréhender les difficultés et les solutions, réparer mon tapis de sol à nouveau crevé, vérifier encore la mécanique.

Nous avons deux jours pour quitter San Pedro de Atacama et s’élancer sur notre plus grand challenge cycliste depuis notre départ : le sud lipez, déserts, altitude, isolement, froid vont nous mettre à l’épreuve pour accéder aux merveilles qui s’y trouvent.

Nous parviendrons un jour avant l’ultimatum au poste frontière bolivien, exténué par la dernière route asphaltée qui y mène, mais heureux de s’engager sur cette piste qui nous fera vite oublier toutes nos mésaventures.

mésaventures

Paso Hito Cajon

5 Commentaires

  1. Blondel's Gravatar Blondel
    2 novembre 2016    

    Bonsoir à vous deux,quelles mésaventures rien ne tournait rond ce vol de vos trésors,quelle souffrance refaire ses achats se débrouiller pour les papiers et le pire de tout la maladie de vôtre partenaire.Puis vient le chantage,je comprends vôtre colère mais la défense fut superbe.J’espère que vous aurez des jours meilleurs vous souhaite bon vent et prudence.

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      14 novembre 2016    

      Merci Janick !
      Nous nous sommes bien remis de ces méfaits qui se sont enchaînés, mais il est vrai que ça nous a affecté à l’époque (les faits datent du mois de juin) Depuis que du bonheur, et nous restons vigilants !
      bises

  2. 5 novembre 2016    

    Mes pauvres amis, quand le sort s’acharne il ne lâche pas si facilement sa proie. J’ignorais toutes ces mésaventures et en suis navrée pour vous même si évidemment je n’y peux rien. En tout cas j’admire ton coup de force et de self contrôle avec le chauffeur de bus . Encore une nouvelle leçon de vie. Noemie va certainement mieux maintenant mais je trouve quand même qu’elle est souvent mise à l’épreuve. Tu es une warrior !!!!
    Nous sommes actuellement dans la vallée sacrée, à olkantaytambo exactement. Est ce que nos chemins vont se croiser une nouvelle fois ? Peu probable mais nous continuons à vous suivre sur le net et vous avez tjr tout notre soutien. Bisous . Sandrine et Luc

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      14 novembre 2016    

      On raconte souvent le plus beau, le plus spectaculaire, le plus incroyable dans nos voyages. A long terme il y a aussi la vie quotidienne, les belles rencontres et les moins belles. Les arnaques et petites mesquineries font aussi partie du quotidien et on apprend à vivre et jouer avec. Cette une bonne opportunité pour aiguiser son intuition et repérer les personnes honnêtes des autres. On a tenu a travers cet article à conter l’autre versant du voyage, qui fait aussi partie de l’aventure !
      Nous sommes aujourd’hui à Oyon en repos avant les 6 derniers jours de la great divide au Pérou, qui doit nous mener à Huaraz quelques jours, avant de rallier Lima pour environ deux mois ! Au programme : volontariat dans la jungle à nouveau, méditation Vipassanna, gastronomie, tourisme et cours de danse ! Dans quelle direction allez-vous ?!!

  3. 21 novembre 2016    

    Alors nos chemins se sont déjà croisés ☺ . Nous sommes actuellement à Arequipa et nous nous preparons gentiment à passer en Bolivie. Ce n’est pas grave, l’important c’est d’avancer. Votre futur programme semble plus serein après tous les obstacles franchis. Nous nous en rejouissons pour vous.
    Nous continuons à vous suivre via la balise.
    De gros bisous
    Sandrine et Luc

Abonnez-vous pour ne plus rien rater !

Saisis ton adresse e-mail pour t'abonner à La Balise et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.