Voyageurs mais pas figurants !

Nos bisous aux frontières : épisode trois !

La série continue pour le défi de Ken : s’embrasser à chaque frontière ! Aujourd’hui quatre frontières pour seulement deux bisous. Du paso Roballos au paso Huahum : nos explications maintenant !

frontières

Le sauvage paso Roballos. Une frontière pas si bien gardée

paso Huahum

Paso Roballos, entre Chili et Argentine

Passage express en Argentine pour prendre la ruta 41 sur les conseils d’un cycliste canadien croisé à la casa de ciclistas à El Chalten. La route la plus belle de son voyage selon lui. Jusqu’à cette frontière totalement désertique, ce fut effectivement merveilleux et tout à fait sauvage. Ensuite, impossible de pédaler tant la piste est défoncée. Ajoutez à cela treize violeurs évadés tout récemment de la prison voisine et rôdant selon le garde-frontière dans les parages pour piller les fermes, et vous obtenez une sacrée frousse ! Nous finirons le trajet en stop sur une centaine de kilomètres, grâce à la bienveillance d’un pickup de passage. Émotions sur cette première entorse de notre voyage à vélo.

Nous ne comptons pas faire de stop pendant ce voyage, mais ne sommes pas jusqu’au- boutistes non plus. Ce vélo est notre moyen de transport, pas un outil de performance. Incapables de pédaler, pourquoi se forcer à marcher ? Le geste d’abandon me laisse malgré tout un goût de fer dans la bouche.

Nous souhaitons voyager à vélo pour mille et une raisons et savons bien que l’effort fait partie intégrante de l’entreprise. Mais loin de chercher le chrono, le record à battre, je veux prendre plaisir en suant et non me martyriser. Je sais qu’il est possible de pédaler sans s‘épuiser, même sur ces pistes mal entretenues, même avec des dénivelés conséquents, même quand les éléments jouent contre nous. Il faut pour cela augmenter nos capacités physiques, ce à quoi nous nous attelons chaque jours progressivement, mais aussi adapter l’ergonomie du vélo et en priorité s’alléger. Ce petit abandon me ramène encore une fois à mes peurs d’échouer, de ne pas surmonter les épreuves. Je sais aussi que c’est une nouvelle occasion de faire preuve d’humilité.

En passant le poste frontière, le douanier nous a mis en garde.

—Onze prévenus se sont récemment évadés d’une prison voisine et rôdent dans cette région déserte. Il faudra être prudents et rester vigilants. Faites attention où vous posez votre tente ! Pour les hommes je me fais peu de soucis mais le risque, c’est pour la demoiselle…

Il me montre des photos d’hommes à la tête patibulaire pour me prouver le sérieux de la situation. Noémie était déjà peu rassurée depuis deux jours lorsque nous quittions la carretera pour cette route tout à fait déserte. Pas de ferme, pas âme qui vive, la nature retrouvée. Un peu trop à son goût. La voilà désormais tout à fait inquiète ! Il ajoute qu’il n’ont pas de véhicule ici, ainsi même s’il était prévenu d’un souci il ne pourrait pas agir.

En sortant le gendarme à l’insu de Noémie qui a déjà le dos tourné m’adresse en silence un dernier geste évocateur : « Garde les yeux ouverts ». Son visage est grave et le message clair : ces mecs en cavale ne rigolent pas et mieux vaut éviter de croiser leur chemin.  Je prends mon couteau sur moi avant d’enjamber mon vélo, mais si je devais croiser un des ces brigands, qu’en ferais-je ? Je préfère éviter d’y penser et m’attacher à la beauté du lieu. Finalement cette voiture nous aura peut-être aussi évité une fâcheuse situation, tout au moins une nuit angoissée. Le reste du trajet motorisé n’a plus de goût. J’essaie de relativiser au fond de la benne du pick up qui file et dans lequel je m’endors malgré les terribles et incessants rebonds du puissant 4*4 sur la piste déformée. Cet épisode pousse ma détermination à nous alléger, à rechercher des solutions matérielles pour nous soulager dans l’effort malgré les coûts, le temps et les recherches que cela implique car long est encore le chemin, et le voyage devant nous.

Paso Jeinemeni, le sprint final

Notre retour au Chili la même journée n’est pas immortalisé d’un bisou : nous n’avons pas eu le temps ! Arrivés au poste de sortie de l’Argentine, on nous signale qu’il nous reste 15 minutes pour passer la zone tampon avant la fermeture du poste chilien. J’acquiesce en sachant bien que c’est irréalisable. Nous n’avons aucune envie de passer trois nuits à Chile Chico, car si nous ratons le ferry  de 9h qui doit nous amener de l’autre côté du lac Général Carrera (la frontière ouvre à 10h) il nous faudra attendre le second bateau de la semaine. Le sprint dure 30 minutes et quand nous arrivons il fait nuit noire. Une fois de plus nous voir voyager à vélo attendrit le plus sec des fonctionnaires et la porte s’ouvre dans l’obscurité.

Paso Cardenal Antonio Samoré

Seconde entorse au défi bisou frontière lors de notre troisième arrivée en Argentine par le paso Cardenal Antonio Samoré : sous des trombes d’eau et en pleurs ! En voici le récit :

Le col Cardenal Antonio Samoré met à l’épreuve nos cuisses lors de notre plus grande ascension jusqu’alors : 1300 mètres de dénivelés positifs. Les 3500 km avalés depuis notre départ ont développé nos capacités physiques, c’est dur mais on y parvient sans trop souffrir. Au col le souffle du vent s’accompagne d’une pluie battante. Trempés en quelques minutes nous avons à peine le temps de nous couvrir. Aucun abri à l’horizon. Les voitures s’arrêtent en vitesse et leurs occupants courent pour prendre une photo souvenir devant la cocarde marquant la frontière avant de se réfugier dans leur cinq portes chauffé. Envieux mais déterminés nous entamons transis la descente de dix-sept km pour atteindre le poste frontière argentin. Trois km avant notre étape administrative nous doublons tous les motorisés qui font la queue depuis trois heures, dont le camping-car qui s’est arrêté juste avant le col pour nous saluer.  Naturellement, la mère nous propose par la fenêtre de l’office des douanes de nous embarquer pour les 25 km restant jusqu’à Villa La Angostura, tandis que nous faisons la queue. Il pleut des cordes et la nuit tombe dans une heure, interdiction formelle de camper aux alentours du poste. Noémie a de surcroît omis d’enfiler ses sur-chaussures imperméables et ses pieds sont donc trempés dans ses baskets. Elle craque et s’effondre en sanglots devant l’offre si généreuse et empathique. J’accepte aussitôt l’invitation. Sans être extrémiste, cela ne me plait guère de m’arrêter comme ça pour shunter 25 bornes parce qu’il pleut ou qu’il fait nuit, parce que c’est dur, qu’on est sales et crevés. Pour moi ça fait partie du trip et à moins de me sentir en danger ça ne vaut pas la peine de « tricher », comme certains voyageurs aiment à le dire. En réalité ce voyage est un quasi-jeu : c’est nous qui édictons nos règles et faisons ce que bon nous semble. Comme la facette sportive et compétitive n’est pas au cœur de notre projet, faire ce stop n’a rien de grave en soi.  Seulement j’aime aller au fond des choses, agréables comme difficiles, pour percevoir le sentiment d’accomplissement lorsqu’on s’en sort, ce soulagement après la peine endurée.  Ici c’est trop facile, c’est dur donc je m’arrête et jette mon vélo sur le toit du camion. Mais nous sommes aussi deux dans ce voyage et devons décider d’une seule voix. Noémie connait mon opinion sur le sujet et pleure, je pense, en partie pour ça. Elle souffre sans doute plus que moi et n’a aucune envie de repartir sous la pluie ; voilà qu’une occasion rêvée se présente et nous la refuserions ?! En la regardant les yeux mouillés, tremblante et affaiblie, je sais que c’est tout sauf un caprice. Une fois à l’abri pendant que j’harnache les vélos avec ma cordelette sur le toit du camping-car, quelques minutes suffisent pour la rétablir. Plus de pluie ni de froid, une boisson chaude, des vêtements secs, des paroles et des regards bienfaisants, une banquette matelassée en guise de selle…On se laisse transporter. La pluie battante sur la vitre semble lointaine, comme les image d’un film qu’on ne regarde qu’à moitié. On sait que ce n’est pas réel, que l’on est de l’autre côté de l’écran, protégés, comme dans un jeu virtuel. Déjà j’aimerais retourner dehors sentir les éléments contre moi, mon corps vibrant sur la route, ma peau tour à tour frissonnant sous le vent et brûlant sous la puissance des rayons UV. Mes yeux éblouis de soleil et salis de poussière, mes cuisses mouillées par la pluie ou par la sueur. Quel prix dérisoire pour se sentir exister, pour vivre pleinement.

Paso Huahum

paso Huahum

Paso Huahum, entre Argentine et Chili

La route entre Villa La Angostura et San Martin de los Andes nous réconcilie avec l’Argentine. Routes sinueuses de montagne, paisibles et peuplées d’oiseaux. Nous dormons au bord d’une rivière, d’un lac, puis sur la plage, dépassons Villarica et Pucon, hauts-lieux touristique estivaux. Nous sommes tout de même heureux de rentrer au  Chili que nous avons adopté. Ici un bisou « rétro » devant le drapeau national.

Lisez ou relisez notre épopée pour rejoindre le Chili et la Carretera austral, et retrouvez tous les défis « bisous frontières » lancés par Ken !

5 Commentaires

  1. Festinger's Gravatar Festinger
    21 juillet 2016    

    Attendrissant. Faire attention à sa Nono est une grande preuve d’Amour. Ne pas prendre de risques devant les fous égarés comme celui de Nice. Très touchant et plein de courage pour vous deux. Bises Mam

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      15 août 2016    

      J’essaie de prendre soin de ma Nono maman. Parfois je la malmène aussi 😉

  2. Blondel's Gravatar Blondel
    22 juillet 2016    

    Bonsoir à vous deux et quelle chance j’ai,de pouvoir vous écrire.Vous avez bien fait de prendre ce 4-4 pour éviter cette zone déserte ou des violeurs s’étaient évadés.C’est un voyage mais un voyage étudié,très,très difficile,et vous avez un grand mérite.Ne risquez pas vôtre vie inutilement,les décisions prisent ont été bonnes.J’aime ce Bisou Rétro avec humour.Continuez vos défis<<Bisous Frontières et surtout restez prudents,j'ai toujours envie de vous lire.A bientôt.

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      15 août 2016    

      Merci Janick pour tous tes commentaires !
      Oui après coup on s’est rendu compte qu’on avait bien fait de shunter cette zone difficile et risquée. Ca ne vaut pas le coup de se jeter dans la gueule du loup pour être jusqu’au boutiste et dire « je l’ai fait ». On fonctionne souvent à l’instinct. Souvent on aime s’engager sur des parcours aventureux et cette fois notre feeling nous a indiqué la prudence. 🙂

      Deux frontières à venir bientôt !

      bises

  3. Blondel's Gravatar Blondel
    15 août 2016    

    Vous avez dû extrêmement souffrir de cette ascension ou il tombait des cordes accompagnées de grand vent,C’est une mission commando que vous faîtes là.Aussi comme précédemment vous avez bien fait d’accepter l’invitation des touristes en camping-car.Vôtre route est encore longue,il faut aussi prendre soin de sa dulcinée et de soi même,pour éviter une grave maladie.Savoir s’arrêter et reprendre des forces.Je pratique le vélo en cyclotourisme et je sais ce que vous pouvez endurer.Prudence prenez soin de vous bon courage et à bientôt.

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