Voyageurs mais pas figurants !

Nos passages de frontières, toujours une aventure !

Depuis notre départ, nous avons traversé sept frontières, et chacune fut un épisode riche en péripéties ! Les deux premières en Patagonie ont bien lancé l’aventure, les suivantes ne sont pas en reste !

Rappelons que c’est Ken qui nous a lancé le défi de nous embrasser à chaque frontière. Derrière ce challenge mignon se cache souvent une drôle d’histoire…

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Paso Candelario Mancilla, un no man’s land d’anthologie pour la merveilleuse Carretera austral

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Noémie a à ses pieds un allemand, un tchèque, un chilien (il se cache derrière moi) et moi-même pour ce retour au Chili par le paso Candelario Mancilla. Mérité après 6 km de grimpette réalisés en … 6 heures !

Nous avons franchit courageusement la désormais mythique frontière El Chalten-Villa O’Higgins qui relie l’Argentine au Chili par montagnes et lacs glaciaires. Trente cinq km de pistes, un premier lac à traverser, la Laguna del desierto, puis le fameux no man’s land derrière le poste frontière argentin. Six km de côte sur sentiers pédestres creusés et jalonnés de ruisseaux gonflés par cinq jours de pluie consécutifs. Une progression de 1 km/h de moyenne et beaucoup de calories évaporées. Enfin le lac Villa O’Higgins et les sept premiers kilomètres sur la carretera austral jusqu’à la ville du même nom.

Nous savons à quoi nous attendre, tous les cyclistes ne parlent que de ce chemin à El Chalten, et Pedro, qui conduit le ferry, nous rapporte chaque jour les nouvelles météos. C’est le petit ami de Florencia qui tient la casa de ciclistas. Il repart le plus souvent sans tarder, voyant avec dégoût les festins végétariens que nous préparons en communauté. Obèse hors catégorie, il mange autant de légumes qu’un sikh des steacks tartare. Gentil à souhait on lui préparera un asado, les fameux barbecues argentins, pour qu’il accepte de passer une soirée en notre compagnie. Les prétendants au passage s’accumulent de part et d’autre de la frontière depuis plusieurs jours. Les conditions ne sont pas souvent réunies pour que le bateau se risque sur le lac O’Higgins, surtout lorsque le vent se lève. Côté chilien, pas de problème, il suffit de patienter avant d’embarquer et seuls 7 km de route séparent Villa O’Higgins de l’embarcadère. Mais côté Argentin, lorsque l’on s’engage, il faut compter deux jours pour rebrousser chemin. Et je peux vous assurer que les 35 km de pistes et le lac ne sont rien à côté du no man’s land. Personne ne voudrait refaire ce passage une deuxième fois ! Il faut donc prévoir suffisamment de vivres pour tenir à la frontière en attendant le bateau mais surtout s’engager au bon moment.

Nous passons sans heurts les pistes inondées et le lac. Nous subissons tout de même quelques averses en chemin. Les pluies battantes de la semaine passée ont fait monter les rivières au point qu’elles débordent et nous roulons souvent dans l’eau, les sacoches avant en partie immergées. On tente surtout de garder l’équilibre pour ne pas mettre la basket dans l’eau. Il faut prendre suffisamment d’élan et forcer sur les pédales pour franchir les obstacles. Noémie l’apprend à ses dépends par deux fois. C’est aussi l’occasion de s’apercevoir que nos sacoches sont loin d’être étanches, comme le prétend le constructeur Vaudé. L’eau s’infiltre par le bas et trempe à peu près tout. Heureusement nos habits et notre sac de couchage sont à l’abri dans une poche bien étanche cette fois.

Arrivés de l’autre côté du lac la vue est splendide. Le Fitz Roy trône au loin et se reflète dans le lac longiligne. L’herbe est grasse pour poser la tente et les gardes-frontières sympathiques. Passées les formalités, ils nous autorisent à occuper le quincho , cet abri semi-clos équipé d’une cheminée. Naïf nous pensons nous y installer tous les sept pour la nuit, évitant de monter la tente car la pluie nous accueille. On tiendrait serrés les uns collés aux autres. C’était sans compter les trois douzaines de cyclistes venant de l’autre côté ! Transis de froid et trempés jusqu’aux os ils se précipitent à l’intérieur où nous avons allumé un bon feu pour reprendre vie. Il faut dire que nous sommes en pleine saison et que la carretera austral est une destination phare des cyclistes. Il pleut et vente depuis deux semaines et les cyclos arrivent par vague. Les premiers arrivés semblent en forme ; ce sont les riders les plus efficaces, super équipés, en pleine forme physique, voyageant ultra- léger pour l’occasion. Ceux qui suivent font grise mine en revanche. En une heure tout le quincho est investit. Les chaussures sèchent directement dans la cheminée. Chacun se déshabille et tente de se réchauffer. On sort les réchauds, les vêtements secs, les vivres. Ça débrieffe en tous sens et dans toutes les langues. On ne s’entend plus, ça se bouscule gentiment pour passer tout en s’évitant tant le sale jouxte le propre. Ça sent l’homme. Les femmes aussi. Le sol est jonché de boue. La rivière qui frôle le quincho commence à déborder droit dans notre direction. Le ton est donné.

Par bonheur la pluie cesse enfin dans l’après-midi et l’essaim se disperse sur la pelouse grasse délicatement inclinée vers le lac, alors que les derniers retardataires débarquent sur les genoux. Ils semblent avoir vécu l’enfer. Et nous, la petite équipe d’El Chalten, allons le faire en sens inverse, c’est-à-dire en montée ! Car si le Chili entretient bien une petite piste parcourable en quad, donc à priori aussi en vélo, l’Argentine n’y met pas du sien. Elle est donc dans notre sens, nous le savons bien, l’ascension qui présente la difficulté majeure. Nous profitons de l’accalmie pour faire sécher au mieux et profiter du lieu si magique et si loin des touristes. Bien qu’il y ait du monde nous sommes en communauté, et à ce titre solidaires les uns des autres.

On partage notre dîner avec notre ami Max, avec qui nous avons eu tout le temps de sympathiser à El Chalten. On a même du vin et l’ambiance est décontractée.

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Session séchage après le déluge avec vue sur le Fitz Roy

Le lendemain nous partons en premier avec Noémie en sachant que nous serons vite rattrapés par les cinq mecs derrières. Max l’allemand qui ne semble pas avoir de plans précis et revendique son style « à l’arrache », le tchèque qui traverse les Amériques sur un vélo pliable et qui n’en est pas à sa première expé, Diego le jeune chilien qui rallie Ushuaïa à Santiago pendant ses vacances d’été et qui est impatient de retrouver sa copine à Coyhaique, et les deux français étudiants paysagistes, Victor et Emmanuel, qui traversent comme nous l’Amérique du sud, en échangeant des graines le long du parcours.

Nous sommes rejoints encore plus vite qu’on ne l’attendait ! Le sentier pédestre n’est guère praticable que pour les randonneurs, et encore… Le sentier est creusé en gouttière parfois jusqu’aux hanches, et les dernières pluies en ont fait une pataugeoire où ruisselle encore la gadoue. Le passage est si étroit qu’on ne peut pousser à côté du bicycle. Les sacoches raclent les parois. Nous tirons et poussons les vélos à trois sur plusieures sections, revenons en arrière et recommençons. Nous traversons les rivières en formant des chaînes où sacoches et vélos glissent de mains en mains. On soulève, tracte et porte. On décharge, se mouille jusqu’à la taille, on recharge. On s’enfonce dans la boue, butte contre les racines qui s’y cachent. On souffle, on halète, on s’exténue. L’ambiance est à l’épopée. Chacun est concentré et personne ne se plaint. De l’eau glacée, de la crasse, de la fatigue. On ne peut doubler qu’en de rares occasions aussi l’esprit d’équipe naît naturellement. Lorsque Diego coince son tendeur dans le dérailleur en pleine accélération, il nous faut dix minutes pour le décoincer. Tout le monde l’attend. Le vélo de Noémie est tracté en premier sur chaque tronçon pour qu’on ne ralentisse pas l’ensemble du groupe. On avance alors à deux autant qu’on peut jusqu’à être rattrapés à nouveau sur les passages à gué. Lorsqu’on aperçoit enfin le panneau «Bienvenue au Chili » on crie notre joie ! On sait que le plus dur est passé. Et on prend le temps cette fois de tirer un cliché au panneau frontalier.

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Passage de gué difficile

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Les chaussures font la queue pour se réchauffer au coin du feu

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Nos amis Max et Diego dans les premières côtes. Le Fitz Roy en arrière plan.


On renfourche enfin au sommet pour dévaler une piste de quad menant au poste frontière chilien. Avant l’arrivée nos freins usés jusqu’à l’os rendent l’âme et n’assurent plus leur rôle. Prudence.

Nous sommes encore anxieux au moment de présenter nos passeports. A l’entrée au Chili en Terre de feu, un garde avait repris le papier tamponné à conserver jusqu’à la sortie du territoire et nous sommes ensuite sortis « illégalement » du Chili en contournant sans le savoir le poste frontière, ignorant par là-même notre chance. Nous ne sommes donc officiellement jamais allés au Chili, du moins sur nos passeports. Seulement les cachets d’entrées et de sorties argentins prouvent le contraire, imposant un passage par la Patagonie chilienne. Si le gendarme s’en aperçoit nous sommes bons pour des explications compliquées et une belle amende… Mais nous sommes à une frontière très isolée, gardée par seulement quatre hommes qui semblent davantage vouloir se distraire que se méfier.

– Première fois au Chili ?

Je mens. Le coup de tampon percute sèchement nos passeports. Chili, ouvre-toi !

On discute un peu plus et sympathique, il nous offre de dormir dans les anciennes maisons de gendarmes pour la nuit, évitant ainsi de payer le camping mais surtout d’être exposés à la pluie glacée. En chemin son chien le prévient de l’arrivée imminente d’un véhicule : celui du propriétaire du camping, qui voit d’un mauvais œil le geste amical nuisible pour son business. Nous jouons alors à cache-cache autour de sa propre maison pour passer inaperçus, sous les directives complices de notre nouvel ami en uniforme ! La baraque est vide et spacieuse. Nous nous étalons, n’avons jamais été aussi sales, redonnons un brin de jeunesse à nos vélos qui ont bien tenu le coup. Exténués nous profitons du lendemain pour visiter le glacier O’Higgins, tout aussi spectaculaire que le Perito Moreno, cette fois en bateau. Le même nous conduit le soir à six kilomètres de Villa O’Higgins qui nourrit nos rêves depuis maintenant un mois. Villa O’Higgins, départ de la Carretera Austral, route mythique du Chili pour tout cycliste qui se respecte.

Glacier Villa O’Higgins

Voilà pour la suite du défi « Bisou-frontières ».

À très vite pour découvrir les défis de Marie, Julie, et Elfie !

 

3 Commentaires

  1. 10 juin 2016    

    Quelles conditions dantesques comparées aux nôtres ! Vous avez du mérite !

  2. gilles BAILLEUL's Gravatar gilles BAILLEUL
    10 juin 2016    

    Franchement , quelle aventure! Chapeau bas à vous tous, amoureux de la vie, des grands espaces,de la pluie et du beau temps (pas le choix , on avance). Bravo Nono , je suis très fier de toi , tu es très forte. Merci à Thésée de veiller,tirer, pousser, réchauffer, embrasser, porter, encore et toujours.

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      12 juin 2016    

      Merci papa, moi aussi je suis fière de toi, et d’affronter mes peurs, car j’en ai ! Mais pour s’améliorer, il faut travailler tous les jours. Cela fait du bien de se sentir accompagnés, lus et épaulés par les gens qu’on aime. C’est une vraie belle aventure, tous ensemble.

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