Voyageurs mais pas figurants !

Volontariat à Kadagaya

C’est par le bus de nuit que nous quittons Lima pour Pichanaki. Il faut quitter la côte, traverser la chaîne des Andes et pénétrer dans la jungle jusqu’à cette ville poussiéreuse, bruyante et désordonnée de cinq mille habitants. De là un 4*4 s’enfonce dans la forêt deux petites heures par les pistes, longeant plantations de café et d’ananas. On est déjà ailleurs, le nez au vent debout dans la benne, les yeux rivés sur le prochain virage pour éviter les maux de cœur, les oreilles encore bouchées d’avoir subi les dénivelés brutales subies la veille dans le bus croisant les Andes. Le truck s’arrête et j’aperçois un panneau en bois sculpté et peint d’un arbre et de lettres : Kadagaya.

Les cinq hectares achetés par ce couple australo-péruvien il y a trois ans est encore presque vierge, mais peu après l’entrée, une simple trace de 4*4, la végétation luxuriante a été rasée pour laisser place à une grande maison tropicale. Un peu plus loin le terrain s’incline brutalement en direction de la rivière avec vue dégagée sur la vallée, les plantations d’ananas et de bananiers. Ce sont deux volontaires français, David et Maya, arrivés une semaine auparavant de Paris, qui nous accueillent. Nous dormirons rapidement après ce trajet éreintant.

Nous avons choisi avec soin ce volontariat. Pas tant pour ses activités intrinsèques mais pour le projet qu’il incarne. Après l’expérience très mitigée à Torres del Paine, nous redoublons de précautions avant de nous engager, et nos hôtes ont fait de même ce qui me semble bon signe. Mais je laisse à Julie, notre merveilleuse hôte, le soin de présenter son projet.

Pourquoi avoir choisi la jungle ? Pourquoi un pays en voie de développement ? Et pourquoi un lieu isolé ? Pour celles et ceux qui veulent en apprendre davantage sur les raisons du choix de ce lieu, écoutez les arguments de Julie :

Mais pourquoi un tel changement de vie?

Bien entendu on ne se lance pas dans une telle aventure comme on achète une baguette de pain. Julie et Vladi, s’ils ont l’énergie de construire ce projet de vie, s’appuient sur une philosophie qui les transcende, une communauté qui partage les mêmes idéaux, et des technologies qui facilitent la vie. Parlons tout de suite des causes profondes qui les ont amenés à ce projet de vie, diamétralement opposé au style de vie occidental qu’ils ont volontairement abandonné.

Quelle idée fondatrice porte le projet Kadagaya ? Quels idéaux sous-tendent leurs actions ? Quel lien y a-t-il entre eux et le projet Vénus ? La vidéo philo, c’est ici :

Si ce thème vous intéresse, allez donc jeter un coup d’œil sur leur site : www.kadagaya.org

Et pour approfondir sur les RBE (Ressources Based Economy) :

https://www.thevenusproject.com

https://www.tromsite.com

En trois ans, on en est où ?

En trois ans, Julie et Vladimir, avec l’aide des nombreux volontaires qu’ils attirent par leur projet incroyable, ont construit une maison communautaire et un atelier rehaussé d’un petit étage où dormir. Ils ont posé une antenne pour capter internet, essentiel dans leur vie, car leur projet est centré sur les technologies et l’open source. Ces deux dernières années leurs efforts se sont concentrés sur la création d’une micro-centrale hydro-électrique pour devenir autonome en énergie. Ce projet est le point d’appui de tous les suivants, la propriété n’étant pas reliée au réseau électrique. Jusqu’alors fournis par un petit panneau solaire ils ont le courant en abondance depuis août 2016, mais tout ne fonctionne pas comme sur des roulettes et lorsque nous arrivons, les crues ont emporté un tronc de bois dans la turbine, détruisant partiellement le système et nous privant de jus jusqu’à nouvel ordre.  Nous travaillerons tout le volontariat sur ce problème prioritaire.

En ce mois de décembre 2016 nous sommes nombreux et l’ambiance est vraiment communautaire. Il y a Maya et David, les français avec qui nous lierons vite amitié. Une famille américaine débarque le lendemain et restera six semaines. David et Amy sont tous deux enseignants dans le secondaire en école internationale et prennent une année sabbatique pour voyager et faire du volontariat avec leur deux ados, Aidan et Kai, pendant un an, après avoir successivement vécus en Pologne, au Kenya puis au Japon. Deux autres filles, la vingtaine, resteront une semaine suivie de Ferris, canadien et électricien, et Julien, immense ingénieur californien de 25 ans à la barbe aussi rousse que dense. Tous ensemble nous allons vivre et travailler, mener de petits projets en équipe ou tous descendre à la rivière réparer et améliorer la centrale.

Pourquoi Julie et Vladimir reçoivent-ils des volontaires et pourquoi souhaitent-ils tant bâtir une communauté  dans laquelle vivre ensemble et évoluer ? S’agirait-il seulement d’obtenir de la main d’œuvre gratuite, surfant sur la vague du volontariat, où y a-t-il un vrai projet de vivre ensemble derrière ? Réponse en image avec l’interview de Julie et de quelques volontaires présents en décembre 2016.

Vivre ensemble

le chant des oiseaux

Chaque matin à l’aube, les oiseaux me réveillent par leurs chants exotiques. Les premiers sont sifflants et mélodieux, légers comme une flûte traversière, aux alentours de 5h30 du matin. Si ça ne suffit pas le croassement bruyant d’un autre piaf que je ne connais pas retentit dans la vallée et réveille tout le monde. Toute une bande dort dans l’arbre devant la maison. Premier levé je bois une eau chaude citronnée en bouquinant ou en profitant de la connexion internet plus performante à cette heure pour avancer sur nos cent et un « à faire ». Progressivement chacun apparait dans la grande salle commune parquetée alors que l’avoine cuit dans sa marmite et les fruits, mangue, banane et ananas, baignent dans leur propre jus, frais ou en compote. Sans se presser nous entamons nos activités respectives jusqu’à être fatigués ou affamés, puis reprenons le travail, ou pas, l’après-midi.

Le principe de zoo inversé

La maison est jolie, fonctionnelle. Montée sur pilotis et parquetée, sur un seul étage, elle offre un grand open space. L’octogone en bois est segmenté par des cloisons créant trois chambres, une cuisine, un bureau et le salon au centre, duquel on s’isole en tirant un rideau, cumul de sacs de farine cousus entre eux.

Au plafond des peintures sur cartons embellissent la pièce et la rafraîchissent, chauffée qu’elle est par le toit en plastique, pratique pour récupérer l’eau de pluie et laisser entrer la lumière naturelle, mais pas pour l’effet de serre ! Au centre des tables en enfilade, deux hamacs suspendus, un mur en tableau noir pour écrire à la craie, et, au sol, un gros bordel alimenté par Pachi, leur fils de un an qui découvre le monde ! Les murs sont en moustiquaire, laissant passer sons et lumière et nous immergeant dans la jungle. C’est le principe de zoo inversé : nous sommes en cage pour vivre sans risque dans la forêt et tous les autres animaux sont en liberté.

Mais revenons un instant sur l’eau. Kadagaya n’est pas relié au réseau électrique, ni à celui d’eau potable. Dans ces conditions il faut se procurer de l’eau par soi-même et la trier selon l’usage qu’on en fait. Découvrez la gestion de l’eau sur leur site en autonomie :

 


Une autre assiette

À Kadagaya il n’y pas que l’autonomie qui compte. Vladimir et Julie souhaitent un environnement sain pour eux et Pachi. Sans être formellement interdit, nous ne buvons pas d’alcool et personne ne fume. Nous n’achetons ni café, ni chocolat, ni sucre, aliments superflus, plutôt néfastes pour la santé et alimentant une économie peu scrupuleuse des droits humains et écologiques.

Nous mangeons énormément de fruits, de légumes délicieusement mijotés par Julie et pour ceux qui ont joie de cuisiner, Noémie, Amy, David et moi. Cuisiner pour douze demande un peu d’adaptation ! Loin d’être spartiates nos mets sont riches, variés, délicieux et créatifs ! Nous espionnons Julie et ses secrets puis notons scrupuleusement ses recettes pour plus tard… Mention spéciale pour ses hamburgers végétariens et sa sauce épicée, son fondant à la noix de cajou, sa soupe de betterave au yaourt et ses spaghettis sans gras.

Apprendre à vivre ensemble

Il faut aussi apprendre à faire avec les manières de chacun. Pas évident de tout partager, la nourriture, l’espace, les corvées. Nous retrouvons l’ambiance coloc’, ses joies et ses conflits, vécus en Nouvelle-Calédonie. Les enfants se jettent sur la nourriture sans faire attention aux autres, ce qui ne manque pas de nous agacer. Bien élevés cependant ils ont l’habitude courtoise de proposer leur aide et de faire souvent la vaisselle. Les parents leur apprendront en douceur à partager équitablement, à faire attention aux autres. Nous ressentons moins de sympathie pour Ferris, jeune canadien de vingt ans qui n’aide jamais, met les pieds sous la table et fait comme si de rien n’était. Noémie l’invite à nous aider mais le feignant aurait besoin d’un chaperon et nous ne souhaitons pas endosser ce rôle. Ainsi va la vie communautaire. Vivre ensemble est exigeant, remet en cause nos habitudes et nos acquis, demande d’évoluer et de communiquer pour maintenir une cohésion de groupe et créer du bonheur au quotidien. En cuisine nous nous amusons à mêler les saveurs sucrées salées, à faire du beau et du bon avec peu d’ingrédients. Faire plaisir nous réjouit. Les tâches quotidiennes réalisées avec soin apportent aussi la satisfaction d’apporter son aide. Et tant pis pour ceux qui comme Momo, la chatte, nous regarde bosser avec indifférence.

Les américains nous enrichissent beaucoup aussi par leurs expériences de vie. Expatriés depuis l’âge adulte ils ont cette richesse des hommes ayant vécu à l’étranger, l’expérience de l’acculturation, le sens de l’adaptation et une grande ouverture d’esprit. Quelle opportunité pour leurs enfants de grandir en s’émerveillant des différences culturelles, d’intégrer des points de vue, des regards sur le monde propre à chaque environnement, variant selon les pays, les climats, les psychologies… Depuis quinze mois de voyage Noémie et moi nous interrogeons sur la suite de nos vies. Nous avons économisé pour partir à l’aventure mais devons sérieusement réfléchir pour poser les briques de notre avenir. Comme un déclic, en écoutant le retour très positif de David et Amy qui répondent à nos craintes mêlées d’envie, nous nous surprenons à rêver d’une vie à l’étranger. Un nouveau monde s’ouvre à nous. Et beaucoup de travail aussi pour se renseigner !

Le soir après un dîner convivial, nous nous attardons souvent à converser. Nous jouons aux cartes ou nous retranchons dans nos quartiers pour lire quand on ne joue pas en groupe ou regardons un reportage rétro-projeté sur l’écran géant, un simple drap blanc suspendu. J’apprends mes premiers pas de salsa aux côté de Julie et Vladi qui adorent danser. Pour le plus grand plaisir de Noémie. Après le défi Taquilé et le challenge qui approche où nous devrons faire quelques pas de Marinera, j’ai tout intérêt à m’y mettre. Il parait que Cali en Colombie, est la capitale mondiale de la salsa, et nos roues y passeront…

Au boulot !

La première semaine Vladi n’est pas là, à Lima pour récupérer un nouveau générateur pour la centrale. Les activités tournent au ralentit, n’ayant que très peu d’électricité que procurent le panneau solaire et un générateur d’appoint à essence. Nous nettoyons la propriété des mauvaises herbes, planifions de mettre de l’ordre dans l’atelier plus bordélique encore que la maison. Tel père tel fils. David et Maya fignolent le système de filtration de l’eau de pluie. L’atelier est fait de sacs de terre entassés. Nous y cousons une maille en aluminium pour bétonner les murs, avant d’y suspendre un tableau où accrocher les nombreux outils.

Lorsqu’il fait bon nous descendons tous à la rivière pour détruire la digue et rebétonner derrière. Et lorsqu’il pleut nous travaillons à l’atelier. La famille américaine rétablit la nurserie de plantes qui ont besoin d’être à l’abri des insectes pour pousser en paix. Tous mettons du cœur à l’ouvrage, et quand nous sommes crevés prenons le temps de nous reposer dans les hamacs où nous nous offrons quelques heures off. Aucune pression à gagner sa croûte ici. Le projet est autrement plus humain et basé sur la bonne volonté. J’entreprends une série d’interviews avec Julie et Vladimir qui me permettent de mieux les découvrir, eux et leur projet de vie. J’apprends avidement et si casser puis recouler du béton est un peu abrutissant à la longue, nous le faisons avec entrain sachant le projet soutenu.

La répartition des tâches se fait très naturellement. Hormis la priorité donnée à la digue, chacun est libre de mener son projet, en choisissant dans la longue liste de « to do » écrite sur le tableau noir, ou en proposant ses propres idées. Julie va régulièrement à Pichanaki se fournir en matériaux et en outils pour soutenir le boulot. Le rythme aussi est libre et varie selon les jours, la météo et l’énergie de chacun. Avec cette manière de fonctionner j’ai le sentiment de pouvoir me respecter, surtout par rapport au travail physique qui parfois épuise. Mais aussi la liberté de travailler sans objectifs imposés, sans personne pour contrôler d’éventuels « tire-au-flanc », et sans jugement, nourrit ma motivation à bien faire, à donner le meilleur de moi-même. L’énergie donnée l’est librement. Cela fait toute la différence.

Le travail sur la digue est décidément harassant. On en voit le bout mais la tâche nous prendra un mois en bossant en équipe de cinq à dix personnes selon les jours. Lorsqu’il pleut ou que la rivière est trop haute et submerge la digue, impossible de poursuivre. À plusieurs reprises nous constatons avec peine que notre travail est gâché par l’eau qui monte en quelques minutes sans prévenir et décape tout le béton encore mouillé et le sable collecté. Tout est à recommencer.

Nous avons tous nos petits projets annexes. L’atelier est un fourbi pas possible, seul Vladimir s’y retrouve et nous perdons tous un temps fou à chercher le moindre outil. Il y en a partout, c’est un capharnaüm ! En retroussant nos manches nous créerons un espace fonctionnel et utilisable pour tous. Avec le turn-over régulier de volontaires ce système sera plus efficace.

Il faut avouer que ça nous arrange aussi car ce type de boulot est moins physique, et varier les activités aère l’esprit et maintient haut la motivation. Avec Noémie, peu bricoleurs dans l’âme, nous apprenons à utiliser de nombreux outils et machines en tous genres. On se fait la main et ça nous plait. Poncer, se servir d’une bétonneuse, scier, mesurer et faire des plans, réussir son dosage, peindre, vernir, clouter, visser, équilibrer, raboter. Finalement bricoler semble nous amuser ! Nous construisons notre première étagère, très simple, et bien qu’imparfaite nous sommes heureux de voir Julie la remplir de la literie qui trainait par terre aussitôt le meuble posé.

Il faut aussi cuisiner pour toute l’équipe et préparer le déjeuner pour douze demande du temps ! C’est l’occasion de se détacher du groupe en fin de matinée ou dans l’après-midi pour varier les plaisirs.

Prendre soin de Pachi soulage Julie qui peut mieux se concentrer sur l’ordinateur, dont elle tire un revenu en corrigeant des articles scientifiques en ligne. Le petit monstre est adorable, éveillé, tonique et au sourire à faire fondre la brute la plus endurcie. Quand on est crevé et le dos en compote c’est l’activité parfaite !

Le projet principal du moment : la digue de la centrale hydro-électrique

La saison des pluies a sonné et les crues très impressionnantes menacent les installations. Il faut réduire le volume entrant dans le canal de dérivation et pour cela détruire une partie de la digue qui détourne la rivière. Dès qu’il fait sec et que le niveau de la rivière baisse en dessous du sommet de la digue nous filons par le sentier escarpé qui mène à la rivière. En chemin des avocats qui feront une bonne salade à midi ne manquent pas d’être ramassés. Parfois un serpent aperçu. Toujours d’incroyables papillons virevoltent, multicolores et gracieux, pour le plaisir de nos yeux. Dissimulés par les hautes herbes et les fougères se cachent d’autres bestioles, invisibles pour notre regard novice mais détectés par Mathilda, la chienne, qui veille sur nous en aboyant.

Le travail est brutal, physique, éreintant. À la masse, la barre à mine, avec les mains, nous grignotons le béton et les roches posées par nos prédécesseurs sur une hauteur de cinquante centimètres pour une longueur de vingt mètres. Nous nous relayons, abrutis par l’effort et le soleil, et quand nous n’en pouvons plus, nous piquons tous une tête dans l’eau miraculeuse de la rivière. De minuscules poissons viennent picorer mes peaux mortes, chatouillant mes sens ! Puis on remonte, satisfaits et crevés, vers le terrain plat cent mètres plus haut où nous attend le confort d’une maison.

Réflexions sur la pause en voyage

La vie en communauté se tisse chaque jour à travers les activités, le travail et les loisirs, les besoins et les plaisirs de la vie quotidienne, l’entraide et la communication. À quelques reprises je ferai une séance d’ostéopathie pour Mara qui s’est entorsé la cheville, pour David qui souffre du dos au quotidien (à cinquante ans le bougre ne se ménage pas) et pour sa femme Amy qui a mal au poignet depuis une mauvaise chute. Ça me fait grand plaisir de me rendre utile et de pratiquer.

Se sédentariser le temps d’un mois et l’espace d’un projet comme Kadagaya, nous offre moult satisfaction. Le projet fait sens et nous apprenons beaucoup de leurs réalisations, des techniques utilisées et des choix pris depuis trois ans pour construire, mais aussi leurs réflexions sur leurs choix de vie. Cette pause au milieu du voyage nomade nous relaxe de la grande étape à vélo sur la Great’s Divide. Nous changeons d’habit et retrouvons le confort, une forme de routine, le rythme de la journée de travail, internet qui nous permet de renouer les liens avec ceux qu’on aime.

Notre temps libre est l’occasion de réfléchir et créer de nouveaux projets pour les futurs proches et lointains. Les idées évoluent, disparaissent faire leur chemin souterrain puis resurgissent avec d’autres couleurs, d’autres formes, nourrir un peu plus nos rêves.

Passer du temps avec les mêmes personnes autour d’activités communes nous fait sentir « en famille ». On a le temps de se découvrir, d’échanger plus loin que les présentations d’usage et les discussions d’une soirée. Nous devenons copains avec David et Maya, complices. On rigole bien ensemble, ça réchauffe. À Kadagaya, l’occasion est belle pour prendre soin de notre hygiène de vie. Progresser sur notre alimentation, notre communication, notre sommeil, entres autres. Nous mangeons quasiment exclusivement végétarien, et notre intestin se remet de ses déboires réguliers depuis la Bolivie. Nous progressons en cuisine en suivant avec attention les recettes de Julie, mais aussi en se débrouillant, en faisant preuve d’imagination avec les aliments présents. Il faut dire que l’aller-retour en 4*4 de quatre heures pour faire ses courses est dissuasif lorsqu’il nous manque un ingrédient… En revanche la voisine est toujours disponible pour nous offrir ses ananas et ses mangues bien mûres. Nous découvrons la mayonnaise sans huile et sans oeufs, un gâteau au chocolat vegan sauce noix de cajou, les burgers de lentilles…

C’est délicieux, nous sommes littéralement convertis et trouvons le terme qui nous correspond : nous sommes flexitariens ! À tendance végétarienne pour diverses raisons : santé , environnement, conditions de vie et d’abattage des animaux, économie et consommation responsable, spiritualité, mais nous restons souples vis à vis de cette pratique. D’une part car nous aimons manger de la viande et du poisson : changer nos habitudes alimentaires liées à nos coutumes nous demande du temps, il faut apprendre comment cuisiner autrement mais aussi accepter de supprimer des aliments que l’on apprécie. D’autre part et à moins d’aller vivre en Inde, le végétarisme est une pratique croissante mais encore faible dans notre culture, et pour conserver une vie sociale, pouvoir partager un repas en famille ou entre amis, manger de la viande facilite les choses. Nous consommons donc encore des produits animaux, simplement moins et mieux choisis.

Je dors bien et me lève chaque matin à l’aube. Je profite du silence nocturne puis du chant des oiseaux. Me réveiller en douceur. Cela me prépare pour mon second cours de Vipassana qui a lieu bientôt. Le travail physique est également sain. Notre corps bouge et s’exerce sans (presque jamais) forcer. Sans contrainte de travail chronométré nous nous reposons dès que le besoin s’en ressent. L’activité physique est stimulante et libératrice en même temps. La communication de groupe au sein de la communauté est très formatrice. On apprend à exprimer ses besoins, à prendre sur soi, à réaliser que partager nous coûte parfois mais nous gratifie toujours. Enfin vivre en pleine nature, enfouis que nous sommes dans cette jungle au bord d’une rivière, est des plus ressourçant. Les bruits de la forêt révèlent à nos sens ce qui se cache à nos yeux. On écoute. On respire. On touche on palpe, on cueille les fruits des arbres. On sent la pluie frapper la terre de toutes ses forces. Puis le silence, la boue qui colle aux pieds, les oiseaux qui sifflent la vie. On bosse, on sue, et on lève le nez. Un papillon extraordinaire virevolte et se pose, on se jette à l’eau, et on remonte à la maison le sourire aux lèvres les bras chargés d’avocats bien mûrs qui finiront en guacamole.

3 Commentaires

  1. 10 mai 2017    

    AH!La vie en communauté… ils l’ont fait les révolutionnaires de 1968 en ardèche loin de la civilisation et du système économique…c’est très bien quand c’est une expérience courte… à long terme, il y a trop de divergences de personnalités et les problèmes matériels finissent par éclater la bulle de cette micro société… chacun repart vivre de manière plus indépendante et égoiste pour.. fonder une famille, qui est le clan par excellence…
    bravo pour le reportage, en tout cas. Brigitte

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      10 mai 2017    

      Merci Brigitte pour ta remarque intéressante et le compliment. En effet vivre en communauté est plutôt exigeant ! Nous suivons actuellement un cours sur la gouvernance partagée (basée notamment sur l’holacratie mais pas que) qui fournit des outils pour communiquer harmonieusement au sein d’une organisation, mais plus important encore une manière d’être offrant à chacun l’opportunité de s’exprimer, de se réaliser et d’être valorisé dans ce groupe. Tout un programme ! des bisous

  2. Blondel's Gravatar Blondel
    11 mai 2017    

    Un reportage en communauté très bien raconté.Cela me rappel mon service militaire en casernement ou en manoeuvre ou il fallait s’entraider pour avoir une bonne cohésion.

Vos réactions nous intéressent !

Abonnez-vous pour ne plus rien rater !

Saisis ton adresse e-mail pour t'abonner à La Balise et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.