Voyageurs mais pas figurants !

Du sable et du vent

du vent et du sable

Estancia Despedida

Ces derniers jours ont été éprouvants. Depuis le Parc national des pingouins rois, 120 km de pistes sont passés sous nos roues. La Patagonie mérite sa réputation. Piste et vent. Piste et vent. J’étais loin d’imaginer la difficulté que représentent ces deux mots agréables à mon oreille en d’autres circonstances. Bien sûr je savais avant de partir qu’on avançait à contre vent. De là à ce qu’il nous arrête complètement, nous brise et s’amuse de nous comme avec les feuilles mortes les jours d’automne, je pris une belle leçon d’humilité en 48h.

La piste paraissait dure…

Rouler hors des routes principales permet d’éviter le trafic, avantage certain pour rouler relax, sans porter constamment attention aux camions et voitures qui nous doublent si vite, nous, les escargots de la route. La plupart des chauffeurs prennent garde en doublant, et klaxonnent sympathiquement, respectant une distance rassurante de sécurité. Mais la route reste à eux, et lorsqu’ils nous doublent alors qu’un autre croise en face, mieux vaut pour nous sortir de la chaussée car alors nous n’existons plus.

Le rythme est différent aussi. Nous roulons côte à côte, écoutons de la musique ou discutons. Nous pouvons nous laisser aller à nos pensées et nous imprégner du décor, de l’atmosphère. A nos côtés, beaucoup de moutons fuient prudemment à notre approche, et des guanacos sautent agilement les clôtures pour s’écarter de nous, vigilants. Mais aussi de nombreux couples d’oies sauvages et de canards, des flamands roses, des renards, des vaches, des oiseaux dont je ne connais pas encore le nom, un petit dodu au plastron rouge vif, un grand aux ailes doigtées noires et blanches, un autre élégant, pêcheur brun au bec hameçonné…

du vent et du sable

Thésée au milieu de nulle part

Seulement il faut garder un oeil ou nous mettons les roues car ce spectacle charmant et dépaysant à un coût. La piste est irrégulière et il faut choisir sa trace. Au centre un monticule de gravier la sépare en deux ; il interdit la progression, et le franchir avec de la vitesse devient vite dangereux. De chaque côté deux ornières creusées par la répétition du passage des véhicules à moteurs. La terre y est absente, les cailloux incrustés donnent un appui ferme aux 4*4 mais ruinent nos dos, nos bras et nos fesses. Cela revient à jouer du marteau piqueur. Latéralement, de la terre qui colle aux pneus ; sensation de s’enfoncer un peu, de rouler sur de la guimauve.  Plus à côté encore il y a un fossé, à éviter à tout prix. Parmi ces options toutes désavantageuses, il faut trouver les entre-deux pour être efficace. Comme dit avec finesse Noémie : « tu préfères manger un sac de vomis ou boire un bol de morve ? » A la frontière entre deux zones, c’est un peu moins sec sans être mou, des graviers plutôt que des pierres, des trous entre lesquels slalomer valent mieux que ces vagues de terres en forme de tôle ondulée, régulières et dures comme de la pierre, sur lesquelles les voitures « flottent » en roulant suffisemment vite, mais qui nous gâchent le plaisir d’avoir le nez au vent tant nous tremblons de tout notre corps.

…Avant que le vent ne s’en mêle !

du sable et du vent

L’unique arbre sur la piste pour Porvenir ne laisse aucun doute quant à la direction du vent !

« Mais il n’y a pas de vent aujourd’hui, il fait très bon ! » Vivina

Le verdict tombe dès la première journée : à distance et dénivelé égaux nous roulons deux fois moins vite. Et avec ce vent de face permanent, nos performances ne volent pas très haut : 7 km/h de moyenne sur piste. Qu’importe nous ne sommes pas pressés. Lorsque nous avions rencontré Vivina et Eduardo à la Estancia Despedida notre premier jour de piste, nous avions pris sa remarque pour une boutade, une manière de nous signifier que le vent faisait partie intégrante de sa vie et qu’elle le vivait plus facilement que nous. Il s’avère qu’elle avait cruellement raison et qu’il n’y avait aucun sous-entendu dans ses propos (ses nombreux autres conseils seront bien utiles aussi, merci Vivina !).

Hier le vent s’est vraiment levé et nous avons cerné son impassible puissance. Il nous souffle en pleine face ce matin et nous ne roulons plus qu’en vitesse 1 sur nos moyeux Alfine, la plus facile aurez-vous deviné. 4km/h, penché en avant, nos muscles sont tendus et prennent pour la première fois conscience de ce que nous leur demanderons à l’avenir. L’usine chauffe et halète. A la pause déjeuner nous montons le tarp pour nous mettre à l’abri et être en mesure d’allumer le réchaud. Ecoutant Vivina nous faisons la sieste en attendant que ça se calme en fin de journée puis roulons jusqu’au coucher du soleil avant de monter le camp en vitesse. 70 km sous les pneus. Nous sommes satisfaits, il en reste 50 pour le lendemain, ça devrait être facile vu ce que l’on vient de vivre.

Au réveil le ciel est chargé et le vent fait claquer la tente bien tendue. On peut facilement saisir sa force en l’observant plier malgré la tension de l’arceau principal. Pas encourageant. Instinctivement je sais déjà mais ne veut pas ouvrir les yeux. Cette journée va être terrible, me dis-je. Et elle le sera. 5km/h de moyenne. Dérisoire. Peu à peu cela devient ridicule d’avancer tant nous sommes lents et tant nous dépensons pour si peu de résultat. La piste s’étend à perte de vue plein ouest, additionnant d’interminables lignes droites, aussi monotones que le désert de steppe qu’elle fend. Le vent de nord-ouest, non seulement nous freine autant qu’hier, mais nous déstabilise violemment. Nous avançons tant bien que mal, titubant au gré de rafales qui s’appuient sur nos sacoches et nos troncs pour nous faire chanceler. Nous avons alors besoin de toute la largeur de la route pour maintenir notre équilibre. Chaque fois qu’un camion croise ou nous double nous posons pied à terre. Je n’ai que faire désormais de la qualité de la piste. Terre, pierre ou ornière, peu m’importe tant que le vent s’arrête ! Tour à tour je l’implore ou l’insulte ; il n’aura que faire de mes lamentations et m’usera jusqu’à l’os.

Dans les côtes je pousse mon fardeau, ou le tire bras tendu par la tige de selle. Les rafales s’éguisent. Il semble que Sciron ait quelque chose à dire aujourd’hui. A l’arrêt complet, debout, m’agrippant à mon vélo par les poignées de frein, j’attend que cette bourrasque passe pour faire le pas suivant. Mais ce n’est pas une bourrasque. C’est le vent du nord-ouest patagonien. Celui qui rase cette terre si aride où seule l’herbe parvient encore à pousser. Celui qui tanne la peau des hommes, brûlée par le soleil et le froid. Celui qui vous gèle les os bien plus encore que le mercure souvent proche de 0°C. Celui qui ne s’arrête qu’avec la nuit, s’alliant au soleil tout le jour durant pour rendre cette parcelle du monde plus inhospitalière qu’une porte de prison. Je recule. Solidaire de mon vélo, nos 130 kg reculent sous le poids du vent ! Je dérape, impuissant. La roue avant se soulève. Je m’appuie dessus et force sur les freins pour tenir bon. L’effarement ne vient qu’après, l’urgence de la réaction impose une présence de chaque instant. La goupille qui maintient le patin de frein dans l’étrier casse et celui-ci s’échappe de sa garde. Jamais vu ça ! Même Patrick, le spécialiste qui à monté nos vélos, prétendait que cette goupille était une mesure de sécurité subsidiaire du constructeur Shimano, du genre de celle à éviter un éventuel procès en cas d’accident, comme « ne pas mettre son chat à sécher au micro-onde » ou « ne pas sauter du train en marche ». Ici la goupille aurait dû être plus solide…

Nous ferons au total 18 km entre 8h et 14h, puis les trente suivants de nuit le soir même, après que le maître des lieux se soit finalement essoufflé. Notre moral est entamé mais nous allons nous adapté. Ce qui ne tue pas nous rend plus fort.

A l’arrivée à Porvenir, comme une récompense, Tania et Alexandra, adolescente flânant dans les rues désertes de la ville, seront nos anges gardien et nos guides pour trouver à cette heure tardive, de quoi manger et se reposer.

Le vent nous contre, mais nous pousse à rencontrer

Seule goutte de sucre dans cette soufflerie, Carlo nous a vu arriver de loin derrière la vitre minuscule que met à jour sa porte, et au travers de laquelle il nous scrute sur la pointe de pieds. Au moment propice il sort de sa cabane de pêcheur construite de ses mains, et d’un geste international, me propose « un petit coup à boire ». Sa minuscule gargote est construite de façon très ingénieuse. Il nous chauffe le coeur avec un café au lait et des oeufs fermiers en omelette baveuse. Succulent. Nous passerons vite la barrière de la langue pour écouter cet homme sans compromis, solitaire par ses choix de vie.

du vent et du sable

Carlo devant sa cabane de pêcheur

« J’appartiens à une génération en perdition. Aujourd’hui nos jeunes ont les yeux rivés sur leur smartphone. Ils jouent et manient bien les technologies mais ne savent plus faire un feu. Ils font de longues études, obtiennent des diplômes, connaissent les théories mais n’ont l’expérience de rien. J’ai travaillé des années dans le tourisme. J’avais cinq collègues, aucun n’était capable de se diriger sur la moindre piste ici. J’ai une maison à Porvenir mais je préfère vivre ici toute l’année.  Je pêche. J’agrandis la maison. Je lis. »

Soigneux il pousse gentiment son chat de son fauteuil, pose une serviette propre tirée de son lit et invite Noémie à s’y asseoir. Puis il retourne chercher un maquereau dehors et le donne au chat en compensation du préjudice commis. Nostalgique d’une époque où le savoir-vivre prédominait, anticonformiste et critique des dérives politico-économiques du Chili et d’ailleurs, Carlo, l’oeil brillant d’intelligence et le sourire désabusé, ironise tout en citant Saint-Exupéry. Entre deux répliques il se lève pour surveiller qui va et vient dans son royaume, puis revient parmi nous après avoir jeté une bûche dans le poële.  D’appparence rustre, il est attentionné comme une mère envers nous et nous met à l’aise rapidement. Tous trois assis dans quatre mètres carré, tout près du poêle, au bord de la Bahía Inutíl qui débouche sur le détroit de Magellan, cela réchauffe rapidement. Au milieu de notre effort journalier nous réalisons que c’est pour cette rencontre, et toutes les autres, que nous voyageons.

 

Petits plus de Noémie pour illustrer tout ça en image : la preuve qu’on a posé pied à terre…

17 Commentaires

  1. Jeremy's Gravatar Jeremy
    27 novembre 2015    

    Génial ce recit… T ecrit bien mon tazal tu nous avez caché ca. Contre vents et marées (bon la ya pas d eau ok… Mais vous avez compris l idee) faut pédaler. Merci de partager vos rencontres et aventures. On s y croierait. Et comme on dit en créole « tchembé raid, pa moli »

  2. 27 novembre 2015    

    J’ai les larmes aux yeux à lire ce récit. Je reconnais bien là Nono courageuse et endurante, et découvre un Thésée défiant la nature hostile et rebelle. Mais quel cadeau suprême au bout de la route, que cette âme bienveillante, cette main tendue, un bol de café, une omelette chaude… Au retour il faudra écrire un livre sur vos aventures! Mais qu’en s’arrête t il ce vent? Enormes bisous

  3. Anne's Gravatar Anne
    27 novembre 2015    

    Waaaahouuuu! Quelle belle écriture! Je me croirais presque avec vous, sentant le froid, l’effort de chaque instant et le vent nous glaçant jusqu’à l’os! Quel coup de pédale! et quel courage!
    Bravo les coupains! C’est une belle étape que vous venez de franchir!! Continuer à nous partager vos aventures! C’est un plaisir de vous lire!
    Profitez bien des paysages mais surtout des belles rencontres comme vous avez faites avec Carlo!!
    Je vous envoie des bisous ensoleillés d’amour!
    Mouak mouak!
    Nanas

  4. juliette's Gravatar juliette
    27 novembre 2015    

    Incroyable de pouvoir vous imaginer a travers ces beaux recits. Sans nul doute mon tez on reconnait bien ton style literaire, ta belle maniere de retenir et de remarquer des details de vie et des attentions touchants comme chez carlo et son chat ! Enorme pensées pour vous 2 mes colocs et amis. Aprovechais ! Un abrazo !

  5. Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
    28 novembre 2015    

    Merci beaucoup les amis, ça fait du bien de lire vos p’tits mots. Et ça encourage pour continuer à écrire ! On adore garder contact avec vous, ça nous donne de l’énergie pour pédaler ! Merci Juliette, Jeremy, Nanass et Brigitte pour vos commentaires trop doux, on vous aime fort !

  6. Bailleul's Gravatar Bailleul
    28 novembre 2015    

    Au secours,mais ça va pas la tete vraiment j’ai mal pour vous , en même temps c’est pas moi qui pédale (à coté du vélo ) mais on vous soutient très fort dans cette belle aventure. Continuez à bien vous garer et à nous raconter vos rencontres et votre « bonheur » d’être dans le vent. Comme d’hab,on vous aime.
    Je comprends pas , vous êtes redescendu par rapport à Torres del Paine,et ou avez vous pris le bateau pour Porvenir ?

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      28 novembre 2015    

      Nous ne sommes pas redescendu non ! Ce sont mes notes du 17 octobre, nous sommes en train de mettre à jour le site, nos écrits nos photos, avant de repartir de plus belle ! Il y a donc un décalage entre notre vécu et nos article. 🙂

  7. Guillaume's Gravatar Guillaume
    28 novembre 2015    

    Hey cousin!!! çà semble bine intense tout çà. J’ai tout lu, et en fait j’étais presque déçu que le récit s’arrete. et pourtant tout le monde sait que je suis pas un lecteur né, mais là j’ai apprécié. Tu devrais peut etre envisager d’en sortir un bouquin parceque l’écriture est digne d’un bon roman d’aventure !!! A bon entendeur. Profitez a fond de tout ce qui vous arrive, suivez vos intuition, et laissez vous prendre par les surprises que proposent toujours ce genre de trips. Le bise outre atlantique
    Guillaume

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      28 novembre 2015    

      Merci cousin ! C’est la première fois que j’écris comme ça alors tous les encouragements me font du bien !! Suivre nos intentions fait partie de notre voyage car on adore les surprises et se laisser porter par la vie (même s’il faut pédaler quand même un peu), et c’est toujours bien de le rappeler. Des bisous 🙂

  8. Chesnais bribri's Gravatar Chesnais bribri
    28 novembre 2015    

    Quel courage ! Bravo à vous deux encore des récits comme ça,top genial ,des bisous à vous 2 ,à bientôt de vous lire ,trouvez un endroit plus chaud pour notre rencontre

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      28 novembre 2015    

      D’ailleurs quand est-ce qu’on se voit ?!

  9. Aurélien's Gravatar Aurélien
    28 novembre 2015    

    Holà, superbe article, émouvant et bien écrit. Je reconnais ces pistes ou l’on était en constant « graviers-planning » en car, et où quand on doublait, le chauffeur atteignait la folle vitesse de 25km/h! Prenez soin de vous et savourez ces moments magiques que vous allez chercher ! Je vous envie, mais surtout, respect ! Aurelien

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      28 novembre 2015    

      Merci Aurélien ! Pendant ces folles journées plusieurs camions étaient arrêtés en bord de route en attendant que ça se calme, trop risqué pour eux qui prennent le vent de plein fouet sur leur remorque. Finalement on peut donc s’estimer heureux 😉

  10. Laubreaux's Gravatar Laubreaux
    29 novembre 2015    

    Un road movie à vélo, ça le fait. Thésée a vaincu la Minotaure, il vaincra Eole. Ecris-nous encore de belles pages jusqu’à la Terre de Feu. Et surtout, bon vent!
    Roland

  11. Mathieu Zap's Gravatar Mathieu Zap
    30 novembre 2015    

    Quelle belle écriture effectivement! J’ai le vent qui me souffle dans les oreilles et me glace même si je suis au chaud sous la couette. Et la vidéo en prime… On y est!
    Avec le vent dans le dos vous auriez pu faire du 80 km/h, le demi tour était tentant. Cela dit vaincre l’adversité fait parti du défi, et une fois la difficulté affrontée on est souvent heureux de l’avoir fait quand même!
    Continuez à nous envoyer du texte et des images mes oiseaux, on kiff!
    À bientôt.
    Mat

  12. Chrsitian et Véronique's Gravatar Chrsitian et Véronique
    2 décembre 2015    

    Christian et Véronique
    Bravo à vous pour ce début d’aventure: on sent chez vous (et dans la belle plume de Teze) le bonheur de la découverte, au prix d’un peu de souffrance, et le plaisir partagé d’être ensemble. Vous nous faites rêver, on a envie de partager ses émotions que l’on sent fortes chez vous. De beaux pays et de belles personnes … c’est un beau programme!!

    Big biz à vous deux. A bientôt de vous lire (et vous voir)
    Christian et Véronique

  13. 29 décembre 2015    

    Bonjour Noémie et Thésée, nous nous sommes rencontrés à El Calafate, vous alliez vers le Nord, nous vers le Sud. Après Torres del Paine, Punto Arenas, nous avons parcouru les pistes de la Terre de Feu (en voiture, sans grand mérite par rapport à vous) jusqu’aux pingouins royaux. Et là, nous avons mesuré toute la difficulté que vous avez rencontrée face au vent !! Nous n’avions jamais affronté un vent si fort. A cela, s’ajoute la piste faite de petits cailloux qui vous secouent comme si vous chevauchiez un marteau piqueur. Nous avons repensé à ce que vous aviez écrit, à votre description si précise et exacte de tout ce que vous avez dû subir. Vraiment chapeau les cyclistes de la Balise ! Nous confirmons la hauteur de votre performance.
    Nous vous souhaitons des chemins plus cléments pour la suite de votre périple et nous attendons avec impatience la suite de vos aventures.
    Nous nous sommes permis de mettre le lien de votre site sur le notre, ainsi nous ne vous perdrons pas.
    Pour nous c’est fini, retour maison, alors c’est avec nostalgie de ce beau pays (le Chili) que nous allons continuer à vous suivre.
    Sandrine et Luc

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  1. Les défis c'est parti ! - La Balise on 17 décembre 2015 at 10:14

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