Voyageurs mais pas figurants !

Arnaque au volontariat : l’exemple de AMA Torres del Paine

Notre premier volontariat au sein de l’ONG AMA Torres del Paine nous a ouvert les yeux sur la réalité du bénévolat à l’étranger. Loin de nous décourager, cette expérience malheureuse nous a poussés à préciser notre projet et modifier notre méthode. Retour sur une arnaque typique au volontariat, et conseils pour ne pas retomber dans le panneau à l’avenir.

Premières impressions

Le rythme va changer. Devant nous mes espoirs nourrissent un mois de découverte et de rencontres, d’expériences, de labeurs autour d’une envie commune : la protection du parc.

Notre camp est un peu à l’écart de la route qui mène du refuge à l’hôtel, en passant par le camping. Il faut passer un petit pont enjambant un ruisseau et nous trouvons deux dômes verts qui forment notre camp de base. Dans le premiers cinq lits superposés autour d’un poêle et d’une table basse hexagonale en bois fabriquée main forment notre nid. Dans la seconde, canapé, télé, tableau Véléda accroché aux murs créent la salle de réunion.

Dès les premiers pas posés

un oiseau d’une rare beauté, le pivert de Magellan que tout le monde nomme ici Carpintero, a la tête remplumée d’une cagoule rouge vif, indiquant qu’il s’agit d’un mâle.  C’est le plus grand des piverts, et sa présence est preuve que le lieu est sain. Il s’agriffe à l’écorce de l’arbre le plus proche et m’observe comme pour me dire bonjour, avant de déployer ses larges ailes noires et blanches et de disparaître. Je vais me sentir bien ici. Pour cette première quinzaine nous sommes quatre volontaires seulement, une portugaise, une jeune allemande qui débute une année de voyage, Noémie et moi. Nous sommes guidés par Sofía, tout juste ex-étudiante madrilène en environnement et volontaire-coordinatrice depuis deux mois.

Le parc national Torres del Paíne se situe dans la région de Magellan, sur les contreforts occidentaux de la cordillère des Andes. C’est le cul-de-sac de la Patagonie chilienne. Au nord, des fiords infranchissables par la terre obligent à se rendre en Argentine pour gagner le reste du pays.

À effectif réduit nous allons nous concentrer sur quelques tâches seulement pour être productifs : entretien du sentier pédagogique, réparation de la clôture qui protège les jeunes pousses à replanter, et observation et recensement des huemuls et des bombus.

Les huemuls sont des cervidés des montagnes vivant en zones périglaciaires. Animal social figurant sur le blason du Chili, il fut systématiquement chassé pendant la période de colonisation, et est aujourd’hui menacé. Les bombus sont des bourdons locaux. Les scientifiques suspectent l’arrivée d’une espèce européenne comme invasive.

Ce soir nous nous rendons au réfectoire pour dîner. Dix minutes de marche que nous effectuons aller-retour quatre fois par jour pour relier notre camp au lieu de vie commun de tous les travailleurs de la estancia. Volontaires, personnel de l’hôtel, manutentionnaires, cuisiniers, dresseurs de chevaux, tous se réunissent ici autour de quelques tables en bois brut pour se restaurer, discuter ou regarder le match de football du jour sur l’écran plat suspendu au milieu de la pièce carré.  El casino, c’est comme ça qu’on le nomme, est caché derrière le deuxième restaurant de l’hôtel. Luxueux, composé de plusieurs bâtiments alignés en arc de cercle, une grande pelouse bien tenue accueille les visiteurs dans sa concavité. En approchant ce soir, quelle surprise émouvante d’observer un puma à cinquante mètres de là sur la pelouse de l’hôtel ! Deux renards roux sont prêts de nous, et se sachant directement menacés, glapissent bruyamment entre deux trots inquiets. Christian le secrétaire technique d’AMA, l’a vu avant-hier entre les deux dômes du camp. Entendant du bruit il pensait nous voir revenir des douches et le voilà nez à nez avec le puma ! Territorial, on ne sait pas encore si notre camp fait partie de sa ronde quotidienne. En tout cas c’est excitant ! Et je n’ai plus le même esprit vacant lorsqu’en pleine nuit, je sors pour soulager ma vessie…

Etude de l’impact de l’homme sur l’eau

C’est notre premier jour actif. L’emploi du temps prévisionnel est déjà modifié. Ce matin nous donnons un coup demain à Sylvia, qui mène une recherche scientifique sur la qualité de l’eau dans le parc et l’impact éventuel de l’homme. Elle nous accompagne pour nous apprendre le protocole. Nous marchons vingt minutes pour atteindre le premier point de prélèvement, en aval du refuge des chiliens, très fréquenté puisque situé sur le chemin des torres. Les gestes sont simples. Prendre la température de l’eau et relever les coordonnées GPS. Rincer le contenant : remplir, agiter, et vider trois fois, puis remplir l’échantillon aux trois quarts. Recommencer. Filtrer l’eau pour éliminer les microparticules en suspension. Étiqueter. La première bouteille est conservée telle quelle jusqu’à analyse, isolée de la lumière pour éviter le développement bactérien, la seconde est congelée. Un prélèvement est effectué en amont du lieu de vie humain, un second juste en aval et le dernier plus loin en aval pour mesurer l’effet de dilution et la capacité de filtration de la rivière. Tout se déroule au grand air et dans la joie. Sylvia affiche un dynamisme et un enthousiasme sans limite. Pédagogique elle nous explique tout et répète autant que nécessaire. cela me plait beaucoup de m’investir dans ces projets.

La réfection du sentier pédagogique

Premier jour de travail effectif. Je suis en équipe avec Clara, 18 ans, Allemande, traits encore enfantins mais l’esprit éveillé. À son âge j’étais encore loin d’avoir la maturité de partir voyager seul en étant écovolontaire. Elle a les épaules et le coffre large monté sur des jambes longues et fines. Cheveux courts à la garçonne. De bonne volonté et réfléchie. Au programme réfection du sentier pédagogique. Pendant que les deux autres filles s’attèlent à fabriquer des estacas, ces pieux qui peints en orange vif baliseront le chemin, nous faisons le ménage sur place. Il faut porter les gros troncs qui jalonnent le sentier à l’écart de la vue des touristes, pour le rendre esthétique. Travail physique. J’en profite pour améliorer ma coordination entre mes ceintures pelviennes et scapulaires à l’aide de mon souffle, sans forcer sur mes muscles brachiaux. Nous sommes au grand air. Dès que je lève le nez la montagne s’offre à moi. J’essaie de la sentir aussi, de recevoir sa force et sa paix. Le même groupe d’ibis à face noire est là. Les bandurrias coordonnent leur vol parfaitement, tous ne forment qu’un. Leur bec long et recourbé leur permet de fouiller le sol à la recherche d’insectes. Leur pelage jaune-beige à bonnet orangé et leur forme élancée leur donne de l‘élégance. Sofía passe nous voir pour donner un coup de main et promulguer des conseils. En passant elle nous apprend à faire la différence entre le lenga et le ñerre, deux arbres locaux assez proches.  Le premier a des feuilles aux lobes bifides qui ressemblent à des cœurs, le second a une écorce plus irrégulière et la forme globale de l’arbre semble anarchique quand le lenga arbore une posture symétrique.

En fin de journée elle me demande si le travail nous plait et si on se sent bien. Du haut de ses 24 ans, ce petit bout de femme discrète et réservée semble avoir du cœur et une grande sensibilité. Elle fête son anniversaire demain, nous devons manigancer quelque chose… Enfin, avant de s’en retourner à Punta Arenas, Nelson, le directeur, m’invite à s’asseoir à ses côtés et me demande de préparer une intervention pour les étudiants du collège de Cerro Castillo, que nous rencontrerons la semaine prochaine afin d’évoquer notre projet, notre démarche, nos intentions. Nous avons carte blanche, nous sommes ravis ! Voilà un cas typique d’échange que nous souhaitions réaliser : nous allons tenter à travers notre exposé, de partager notre état d’esprit, notre désir d’apprendre, de vivre autrement, d’expérimenter et de partager. Sofía se propose aussitôt pour nous aider à traduire. L’équipe se construit.

Départ précipité : quelques mots à propos de notre départ de l’ONG AMA Torres del Paine

Nous avons repris la route après 15 jours sur place, au lieu des 30 prévus. L’expérience du volontariat fut des plus enrichissante bien que nous l’ayons écourtée. Nous avons appris beaucoup, et savons mieux ce que nous voulons et ne voulons plus désormais. Cette première étape a changé le rythme de notre voyage, et c’est rempli d’émotions mêlées que je renfourche ma bicy en direction de l’Argentine.

Sur le papier un joli projet…

Les activités d’AMA en faveur de l’écologie me semblent indispensables pour donner une cohérence menée par l’estancia privée Cerro Paine au Parc Torres. Notre coordinatrice Sofía, jeune espagnole dynamique et motivée de 24 ans, a permis de rendre cette petite aventure touchante, pleine d’affects et d’amitié. Les travaux cette quinzaine sont un peu ingrats : nettoyer le sentier pédagogique des troncs d’arbres qui jusqu’alors le délimitaient pour y installer des pieux peints orange vifs. Le travail physique au grand air me plait, bien plus que rester enfermé dans l’atelier sans aération pour y vernir les estacas. D’autres actions nous ravissent : marcher jusqu’à la base des torres en marquant la position des bourdons terrestris et dahlbomii, contribuant à l’étude sur l’invasion probable de l’espèce européenne au détriment de l’indigène. Faire des prélèvements d’eau pour une autre étude scientifique sur l’impact des touristes sur la pollution des rivières et sa capacité à filtrer les déchets rejetés par l’homme. Suivre un spécialiste du Parc pour y avoir travaillé de longues années, sur des sentiers encore préservés car interdits au public non accompagné. À l’écoute des oiseaux et de la flore locale.

Quelles beautés ! Et quel travail à mener pour équilibrer l’impact des touristes venus marcher ici, négatif par leur seule présence : sentiers devenus autoroutes, consommation de plastique, déchets en tous genres, nuisance visuelles et auditives, pollution, etc.

…Qui dissimule des intentions douteuses

Revers de la médaille, nous nous rendons compte, en discutant avec une voyageuse travaillant en marketing et spécialiste du développement durable, que l’ONG appartient au même président et propriétaire de l’Estancia que tout ce qui s’y trouve : Hotel luxueux à 300$ US la nuit, refuges tout aussi onéreux, chevaux à louer, camping et terrains loués à l’écocamp. Mauricio Kuzanovic, Croate, implanté depuis trois générations, mène des activités qui semblent très lucratives. AMA est la branche verte du groupe, qui ne compte que deux salariés, le directeur et le secrétaire technique. Ils ne restent sur place que pour présenter les activités aux volontaires en début de séjour, et doivent s’appuyer sur eux pour développer les projets en cours, sans moyen ou presque. Ridicule. En revanche la communication est béton. Nous avons la sensation d’être pris pour des ânes… L’équipe a une réelle volonté de faire progresser les choses mais sans aucun moyen humain ni financier. Comment dans ces conditions agir suffisamment pour contrecarrer les effets négatifs du tourisme galopant ?

L’ONG n’a officiellement que peu de revenus (nous attendons toujours leur comptabilité) et aurait donc besoin de volontaires. En réalité, un seul homme possède et dirige la moitié est du parc Torres, ce qu’ignorent la majorité des touristes. Le seul changement de la partie publique à celle privée est le petit logo sur les panneaux de signalisation sur les sentiers. L’ensemble des activités de Mauricio Kuzanovic est très lucrative, exceptées celles d’AMA. Dès lors, nous pouvons supposer qu’avec une réelle volonté la protection du parc pourrait être largement financée et effective.

Premièrement il faut donner beaucoup plus de moyen à AMA. Quelle navrance de bricoler dans l’atelier sans une clé pour fabriquer quoique ce soit, alors que notre voisin professionnel possède tout l’équipement nécessaire pour fournir l’hôtel !

Deuxièmement, Monsieur Kusanovic a tous les moyens financiers pour employer des salariés locaux au sein d’AMA, ce qui remet en cause notre présence de volontaire. C’est cette attitude peu responsable ni engagée qui m’ont amené à penser que l’effort « écolo » n’est qu’une mise en scène médiatique destinée à rassurer les touristes quant à leur impact négatif sur les espaces naturels. Le directeur nous demandait dès le deuxième jour de volontariat d’aller sensibiliser les clients de l’hôtel luxueux à nos actions, à grand renfort de t-shirts imprimés et de banderoles au logo d’AMA, alors que nous n’avions encore produit aucun travail !

Incapable de nous donner la moindre réponse satisfaisante quand nous exigeons des comptes, nous décidons avec un pincement au coeur de nous arrêter là et de continuer notre route.

Nous demanderons par mail au président des réponses sur le fonctionnement de l’ONG, la transparence financière, et le remboursement de notre séjour écourté. Nous fûmes bien remboursés après de multiples demandes, mais le flou plane toujours sur la transparence financière, et la réelle volonté de préserver leur espace face au tourisme galopant.

Un premier volontariat comme une leçon à tirer

Cette première expérience de volontaires nous a ouvert les yeux sur la difficulté de notre démarche en voyage. Nombreux sont les esprits critiques à avoir soulevé le sujet. Condescendance ou pitié mal placée dans la démarche, inefficacité de nos actions, travail pour recevoir des contreparties (logements, nourriture), travail déguisé, vol des emplois locaux. Il y a du vrai dans tout ça et chemin faisant nous avons modifié nos objectifs et remis en cause les volontariats prévus au départ.

Mettons d’abord au clair nos intentions.

Il existe autant de volontariats que de volontaires. Plusieurs raisons nous ont amenés à vouloir participer à des projets d’écovolontariat lors de note voyage.

Tout d’abord, on ne se voyait pas pédaler ni faire du tourisme pendant deux ans. S’arrêter pendant le voyage répondait au besoin de changer de rythme inhérent à la vie même. Pour arrêter un moment de pédaler, varier les plaisirs et se donner envie de se remettre en selle, cette pause sportive nous offre de souffler un peu.

Participer à un projet local, c’est aussi rencontrer différemment. Les cyclistes savent bien combien nous sommes accueillis chaleureusement et vus différemment des autres touristes, vacanciers ou mochilleros au long cours. Là c’est encore autre chose. Nous changeons de statut, par le fait de stopper notre itinérance. Nous troquons la découverte pour la création. Fini d’écarquiller les yeux devant les merveilles du monde, nous échangeons l’appareil photo contre le bleu de travail. Voyager nous tire parfois hors du temps, et ce genre d’activités nous remet les pieds sur terre.

Passer du temps au même endroit laisse l’opportunité d’approfondir les relations. Nous rencontrons le meneur de projet à travers sa passion et sa vie quotidienne. Nous y participons directement, avons la chance de vivre une tranche de vie en traversant rapidement la surface des choses. Quelle richesse pour nous de rencontrer les gens là où ils sont, sur leur terrain, dans leur vie !

Bien entendu au centre du projet existe l’entraide. Nous offrons un coup de main dans un domaine qui nous plait et au sein duquel nous comptons bien apprendre. En remerciement nous profitons des commodités du lieu, du gîte et du couvert.

 L’échange

« Payer pour être volontaires, mais vous êtes des bonnes poires ! » ou au contraire « Ah vous cherchez à travailler le moins possible en l’échange du gîte et du couvert, profiteurs ! », et le classique « vous faites ça pour vous donner bonne conscience mais vos actions ne sont que condescendance doublée d’inefficacité »

Soyons honnête. Recevoir le gîte et le couvert en l’échange de notre travail, comme c’est le cas en wwoofing, me parait presque naturel. Quand vous demandez de l’aide à des amis pour construire votre maison le weekend, vous leur offrez naturellement l’hospitalité dans la limite de vos moyens. Ici un réseau social permet d’étendre ces rencontres et je trouve ça parfait. Quand on m’offre un vrai lit et une cuisine pour mijoter de bons plats, alors que notre vie frugale de cyclistes itinérants ne nous le permet pas, je ne crache pas dans la soupe et apprécie le confort deux fois plutôt qu’une ! Lors du projet nous ne dépensons quasiment pas de sous, ça nous permet de vivre une expérience riche sans compromettre financièrement la suite du voyage en restant trop longtemps au même endroit.

Et les écovolontariats payants alors ?

Certains projets demandent aux volontaires de participer monétairement. En général pour défrayer les coûts dus à leur présence, nourriture surtout, amortissements de matériels ou autre parfois.

En ce qui nous concerne, cela ne nous freine pas, bien qu’il faille rester prudent avant de signer son chèque. Certaines assos ou ONG financent leur projet de protection par le tourisme par exemple, et possèdent donc les moyens d’accueillir leur volontaire dans de bonnes conditions en l’échange de leur travail, sans défraiement. Dans ce cas nous avons souvent observé des tâches en rapport avec l’accueil des touristes et non avec la protection directe de l’environnement. Attention dans ce cas au travail déguisé et au vol de l’emploi local. Tout dépend des ressources réelles de l’organisation, ce qui est difficile à vérifier.

D’autres non pas de ressources, et proposent alors soit du volontariat sans contreparties, à vous de trouver logement et nourriture par vos soins, soit du volontariat payant pour amortir le coût de votre présence. Attention cette fois à l’arnaque lucrative qui consiste à gonfler le tarif tout en dissimulant habilement l’utilisation réelle de votre argent. AMA Torres del Paine est je pense l’exemple typique. La somme demandée est payable d’avance et élevée par rapport au coût réel de votre séjour. Le directeur m’assurait que 80% servait directement à payer notre nourriture et l’amortissement du dôme dans lequel nous logions. Les 20% restant finançaient son salaire et celui du secrétaire. Étant donné le silence à la demande de leur comptabilité on peut mettre en doute leur honnêteté (en dehors du fait qu’ils possèdent tout l’argent nécessaire pour financer ce projet et n’ont donc aucunement besoin de volontaires).

Les activités

Soyons lucides, ce ne sont pas trois semaines passées où que ce soit à faire quoique ce soit qui vont changer le monde. Parfois certaines actions peuvent être pire que de ne rien faire. L’impact de notre vol Paris-Ushuaïa ne sera sûrement même pas équilibré par la somme de toutes nos actions « vertes » réalisées pendant deux ans. Agirait-on pour se donner bonne conscience ?

Sans m’étendre sur nos leitmotivs psychologiques, je crois encore une fois à la notion d’entraide et d’échange. Notre démarche n’a rien de condescendante ni de verticale. Au contraire nous entrons souvent chez les gens à petits pas découvrir leur univers. Nous apprenons beaucoup en les suivant et donnons notre énergie en retour. Ainsi nous agissons dans un domaine qui nous est cher, qui nous plait en aidant autrui, en partageant, et simultanément nous grandissons, s’enrichissant de nouvelles compétences par l’expérimentation directe. Quoi de plus sain ?!

La rétribution de notre effort ne se calcule pas comme un travail salarié ou l’équivalence d’une certaine contrainte. Nous sommes là par plaisir et suons avec joie autant que nous apprécions les dons de notre hôte.

A Pucon, le wwoofing en écoconstruction était assez physique et l’équilibre entre des tâches qu’on pourrait qualifier d’ingrates et d’autres plus agréables et instructives nous a paru très honnête. Les journées étaient longues et dures, mais l’énergie que donnait Anna-Maria dans la construction de son dôme à toiture végétale était telle qu’elle nous transmettait sa passion et que nous avions envie de bosser d’arrache-pied. Les liens personnels qui se sont tissés jour après jour avec elle ont renforcé ce désir de travailler dur, et au final l’expérience restera inoubliable.

Chez la famille Mapuche, le travail était très léger, ils insistaient pour que nous ne travaillions pas trop à grand renfort de « descansa nos más ». Leur amour était si sincère que nous voulions spontanément les aider et travailler plus. Nous ne prétendons pas modifier le cours du monde ni l’oppression que subissent les Mapuche par le gouvernement chilien, nous avons juste ramassé des tonnes de mûres pour que Venita, débordée du matin au soir, fasse des confitures pour l’hiver. L’échange de service se fait naturellement dans un cadre amical et communautaire, dans la joie et le respect. À aucun moment nous n’avons le sentiment d’être Tintin au Congo…

Un deuxième volontariat mitigé

Notre workaway dans un hôtel à Arequipa nous a encore montré ce que nous voulions et ne voulions pas. L’échange pratique est très bien : logés nourris contre 5 à 6 heures de travail quotidien. Les heures, peu attrayantes pour moi de services sont compensées par les démonstrations d’astronomie passionnantes que nous finissions par guider, et les randonnées à la demi-journée plutôt agréables. Cependant l’hôtel n’a pas vocation de faire dans le social et notre présence prend directement le travail des locaux. Donc notre présence, en dehors de nos intérêts personnels respectifs, était nuisible pour la population locale que nous prétendons vouloir rencontrer et pourquoi pas aider dans la mesure de nos capacités. Nous savons que nous ne recommencerons pas ce genre d’expérience.

 

Pour conclure, nous assumons parfaitement notre démarche de voyage actif, avec en conscience l’impact tout mesuré de nos actions lors des volontariats. Certains bénéfices d’une rencontre, impalpables, impesables, donnent à notre démarche un goût de reviens-y, et c’est bien ce que nous comptons faire ! En revanche il convient de bien préparer le terrain pour tirer le meilleur de ce genre d’échange.

Réussir son volontariat

Quelques précautions donnent l’avantage de savoir où on met les pieds tout en évitant les mauvaises surprises.

  • Épluchez les listes en lisant attentivement les conditions, les attentes de chacun. Faire une première sélection des projets potentiels.
  • De notre point de vue il est avantageux de privilégier les petits projets dynamiques, laissant de côté les grandes organisations rompues à l’exercice et désincarnées. C’est tout le problème des organisations qui ont bonne réputation : tout le monde y va et rapidement les conditions se dégradent de par la présence de nombreux volontaires. On a pas la même énergie quand on reçoit de temps à autre et quand ça devient notre boulot à plein temps.
  • Gardez à l’esprit que les volontariats bien référencés sur google le sont grâce à un bon webmaster, et non à la qualité du projet.
  • Contactez votre hôte et posez un maximum de question dans tous les domaines. Quel sera le travail réel attendu à cette époque ? Avec qui allez-vous travailler ? Les projets sont-ils susceptibles de changer en cours de route ? Pouvez-vous apporter vos compétences dans un domaine particulier ? Où, comment et avec qui allez-vous dormir et manger ? Avez-vous des jours de repos ? Qu’y a-t-il à faire et à voir en dehors des heures de travail ? Quel âge ont vos hôtes et avez-vous des affinités potentielles avec eux ? Tâtez le terrain ! Par téléphone ou mieux par skype vous pourrez vous faire une idée plus instinctive et sensorielle que les jolis mots d’un profil.
  • Exprimez clairement vos intentions et vos désirs. Si vous ne demandez rien, n’attendez rien ! Votre hôte pourra sûrement lui aussi s’adapter à vos envies et vos compétences. Faites-le dès le début et même avant d’arriver pour maximiser vos chances de réussir votre expérience.
  • Lisez  tous les commentaires de vos prédécesseurs et n’hésitez pas à les contacter pour plus d’informations ! Il existe une tendance générale à ne retenir que les souvenirs positifs d’une expérience, et à minimiser ce qui s’est mal passé. De plus les sites d’échanges comme workaway proposent de noter les hôtes comme les volontaires. Mal noter un hôte, c’est prendre le risque de recevoir en retour une mauvaise note ou appréciation. Souvent le statu quo s’impose… Sachez donc lire entre les lignes et contactez directement les volontaires passés qui, avec le recul, sauront vous informer. Ils sont votre source la plus fiable !
  • Ne payez rien d’avance. Allez voir sur place. Rencontrez, essayez, adaptez-vous. Le volontariat présente l’immense avantage de vous laisser libre de rester ou de partir. À votre guise !
  • Offrez-vous du temps. Si un volontariat ne vous plait pas ou si vous avez l’impression de vous faire avoir : partez et cherchez une expérience riche de sens ailleurs ! Raccourcir un séjour donne souvent l’impression que l’expérience est déplaisante ou vécue comme un échec. Nous proposons toujours un temps de séjour plus court que ce que nous souhaitons en théorie. Si nous nous sentons bien, nous restons et l’hôte n’en est que plus heureux.
  • Et pourquoi ne pas proposer spontanément votre aide en suivant les rencontres et les opportunités ? Vous serez sûr de l’authenticité de la démarche et d’avoir une expérience unique ! Parfois la vie emprunte de mystérieux chemins, suivez-les à l’instinct ! C’est ce que nous avons fait dans une ferme familiale où ramasser des fraises, et chez la famille Mapuche, que nous n’avions cherchée au départ que pour relever un défi, mais qui s’avèrera une de nos rencontres les plus inoubliables !

2 Commentaires

  1. Blondel's Gravatar Blondel
    12 octobre 2016    

    Bonjour à vous,volontariat oui mais pas n’importe lequel,je comprends vôtre départ précipité.Comme partout il y a l’argent et des gens profiteurs.Vos images sont magnifiques.Je vous souhaite du courage et une bonne continuation à tous les deux.

    • Asso Labalise's Gravatar Asso Labalise
      27 octobre 2016    

      Merci de tes encouragements 🙂

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